Victor Gautier, fondateur de Takari Design : “nous réutilisons les déchets pour fabriquer du mobilier design éco-responsable.”

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Victor Gautier, fondateur de Takari Design : “nous réutilisons les déchets pour fabriquer du mobilier design éco-responsable.”

Avec Takari Design, l’art de faire du beau avec du vieux a encore de beaux jours devant lui. Pour mieux comprendre le modèle qu’il défend,  nous sommes allés à la rencontre de Victor Gautier, l’homme qui donne une seconde vie aux déchets de la Guyane.

Vous êtes le fondateur du projet Takari. A quel besoin entendez-vous répondre ?

En Guyane la gestion des déchets reste encore incomplète.  Au-delà de leur impact environnemental et économique certain, les déchets ont également un impact sanitaire important. En effet, en saison des pluies, ils se remplissent d’eau stagnante et participent à la prolifération des moustiques et donc au développement de maladies comme le zika ou la dengue. L’isolement de la Guyane (comme d’autres territoires d’outre-mer) et sa très grande superficie complexifient grandement l’implantation d’une installation industrielle de recyclage classique. C’est pourquoi TAKARI propose une solution innovante d’upcycling : nous réutilisons localement les déchets comme matière première pour fabriquer du mobilier design éco-responsable.

Nos objectifs : moins de déchets, une économie locale renforcée par des partenariats avec des artisans locaux et des ressources naturelles préservées pour un avenir durable et solidaire !

Après 6 mois de développement du projet au côté de l’incubateur Ticket for Change, je suis aujourd’hui accompagné par la designer Cécilia Palomino ainsi que par plusieurs partenaires techniques, sociaux et pédagogiques. Nous sommes actuellement en pleine phase de prototypage. De plus, nous devrions intégrer très prochainement la couveuse Petra Patrimonia Amazonia. Nous espérons ainsi tester notre activité localement avant de nous orienter vers l’export et d’établir d’autres partenariats commerciaux.

Le pari de réutiliser des déchets pour concevoir des meubles haut de gamme semble audacieux. Ce marché du mobilier éco-responsable a –t-il de l’avenir ?

C’est un pari audacieux en effet mais si l’on regarde bien, aujourd’hui, de plus en plus de marques utilisant des matériaux de récupération voient le jour et obtiennent d’excellents résultats. Je pense notamment à des entreprises comme Freitag 737 qui utilisent des voiles de bateaux en Bretagne pour fabriquer des vêtements ou encore Marron Rouge qui exploitent des chambres à air ou des ceintures de sécurité pour fabriquer des sacs.

Les marchés quels qu’ils soient évoluent de plus en plus vers l’éco-responsabilité, et c’est tant mieux. TAKARI partage la même conviction que le Mouvement des Colibris : « les déchets d’aujourd’hui seront les ressources de demain ».

La Guyane était-elle l’endroit idéal pour lancer ce projet ?

 

Sur le plan environnemental, oui, la Guyane a un réel besoin de solutions pour la prise en charge de ses déchets.

Sur le plan économique, compte tenu de l’isolement du territoire, c’est un challenge supplémentaire en termes de marché et de logistique. Mais je trouve ce challenge d’autant plus intéressant. De certaines problématiques peuvent naître des solutions innovantes. En Guyane comme dans les autres territoires d’outre-mer, on importe beaucoup mais l’on exporte peu. On se retrouve donc avec des cargos qui ont un impact environnemental significatif mais qui voyagent pourtant à vide lorsqu’ils retournent vers la métropole.  Pourquoi ne pas chercher à optimiser ce transport ?

Ces derniers temps, et c’est une chance pour TAKARI, la Guyane a été remise sur le devant de la scène grâce aux nouvelles séries TV ou à l’élection de la dernière Miss France.

Toutefois, de nombreuses idées reçues perdurent sur la Guyane : l’ancien bagne, la délinquance, l’orpaillage illégal… La Guyane dispose selon moi de deux richesses bien plus grandes : une population aussi diversifiée qu’accueillante et un environnement absolument incroyable. Plus de 90% de la Guyane est couvert par la forêt amazonienne. C’est un territoire magnifique qui bénéficie d’influences culturelles du monde entier et qui va rencontrer, j’en suis convaincu, un développement incroyable dans les années à venir compte tenu de sa démographie actuelle.

Quelles difficultés avez-vous rencontré pour convaincre autour de vous de la viabilité de votre projet ?

Je n’ai pour l’instant pas eu de difficultés particulières à ce niveau. Les six mois au côté de Ticket for Change m’ont d’ailleurs bien aidé à travailler certains points clés du projet comme le business model ou l’exercice du pitch, pour convaincre au mieux ceux à qui l’on s’adresse qu’ils soient bénéficiaires, clients ou partenaires.

Le projet suscite l’intérêt du public et nous avons d’ailleurs été récompensés par plusieurs prix au Challenge Zéro Déchet organisé par WE DO GOOD : Future of Waste, Zero Waste France, Mouvement Colibris et La Ruche.

Pour l’instant, nous avançons comme nous le souhaitons mais nous devons encore faire nos preuves. Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir et de partenaires à convaincre !

Comment voyez-vous l’avenir de Takari ?

A court terme, je souhaite que TAKARI devienne un canal  d’exposition et de distribution pour les artisans exploitant des matériaux de récupération à l’échelle de Cayenne et de ses alentours. J’espère développer de premiers partenariats pilotes locaux sur le plan commercial permettant de toucher le grand public ou des lieux (hôtels, cafés, bureaux, espaces de co-working…) souhaitant s’équiper en mobilier design et éco-responsable.

A moyen terme, j’aimerais que TAKARI devienne l’un des acteurs majeurs du réemploi (upcycling) en Guyane. A ce sujet, nous travaillons déjà aux côtés des collectivités et d’autres acteurs locaux à la création d’un réseau guyanais dédié au réemploi en vue de fédérer l’ensemble de ces organismes au sein d’un projet commun de Ressourcerie (lieu spécifiquement dédié au réemploi et à l’insertion professionnelle).

Enfin à plus long terme, TAKARI pourra s’élargir à la prise en charge d’autres matériaux et surtout développera son rayonnement commercial en exportant ses créations vers la métropole ou l’étranger.

A vos yeux, s’engager au service de l’économie sociale et solidaire, est-ce un hasard ou une vocation ?

Je ne pense pas que cela soit un hasard. J’ai depuis longtemps souhaité allier développement durable et actions de solidarité. Avec plein d’idées de projets en tête, j’étais attiré par l’entreprenariat sans vraiment oser me lancer. Mon coup de cœur pour la Guyane et ma sélection au programme entrepreneur de Ticket for Change auront été le déclic. Entreprendre est certes une prise de risque mais quand l’on s’attache à résoudre un problème de société, c’est une motivation supplémentaire.

Un mot pour conclure ?

Lorsque l’on navigue sur les fleuves de Guyane, le takari est le long bâton de bois qui permet d’orienter la pirogue dans la bonne direction. Avec TAKARI, ce sont les déchets que nous souhaitons orienter dans la bonne direction. Soutenez-nous et participer au développement durable en Guyane !
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Julien MARBOIS

Julien MARBOIS

Passionné par la défense et la résolution de nouveaux problèmes, je me prépare à une carrière d'avocat d'affaires. J'ai rejoint JOM la Rédac' en septembre 2015 avec la ferme intention de partager mes idées sur une diversité de sujets. Ensemble, interrogeons encore et toujours. Mon mot d'ordre? Oser l'impossible !

1 Comment

  1. Sakifètfèt dit :

    Superbe initiative ! Cependant comme tout produit éco-responsable, je me demande si les prix ne seront pas un frein à l’achat…

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