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AMAP: Bio, Eco et Ecolo

Crise de la vache folle, lait frelaté, affaire Spanghero, autant de scandales alimentaires qui ont marqué ces trente dernières années. Une méfiance s’est peu à peu propagée quant à la qualité et l’origine de ce que nous retrouvons dans nos assiettes. Mais, au-delà de l’exigence des consommateurs, la crise du lait et les revendications des éleveurs porcins ont élargi le débat à la nécessité de garantir un revenu correct à toutes les parties prenantes de la production agricole en France.

Depuis plusieurs années, différents partenariats producteurs-consommateurs se sont mis en place. Parmi ceux-ci, les Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne ou AMAP rencontrent un vrai succès.
Les origines de l’AMAP remontent aux années 1960, où les japonais, inquiets de la diminution des fermes au profit des importations, créent le « Teikei » qui signifie « mettre le visage du fermier sur la nourriture ». Ce concept se répand en Europe centrale dans les années 70 et s’installe en 2001 en France. Depuis, il s’est diffusé rapidement dans l’hexagone pour dépasser le seuil des 1600 en 2012. Cette économie solidaire tire son succès de ses trois piliers :

Ecologiquement sain

Les quantités et la diversité des produits sont fixées entre consommateurs et producteurs en début de saison. Le fruit de cette entente permet au producteur de se focaliser sur la qualité de ses produits. De plus, les produits sont locaux, de saison et souvent bio.

Socialement équitable

L’absence d’intermédiaires, une production adaptée à la demande (évitant le surcoût des invendus) et l’emballage succinct voire absent permettent au producteur de dégager un revenu correct tout en assurant un prix correct au consommateur.

Economiquement viable

Les produits sont achetés à l’avance grâce à un système d’abonnement, ce qui garantit un revenu au producteur. Les rencontres producteur-consommateur permettent également de pérenniser la relation.

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En Outre-mer, si nous avons tous en mémoire l’affaire du chlordécone qui a contaminé le sol des Antilles et de la Guyane pendant une vingtaine d’années, saviez-vous qu’il y a encore quelques années les produits exportés en outre-mer étaient jusqu’à près de 50% plus sucrés que ceux vendus dans l’Hexagone et nombre d’entre eux avaient une DLC supérieure à celle de l’Hexagone?

Le « manger sain » est également un adage en Outre-Mer. Nous avons donc choisi d’aller à la rencontre de la première AMAP créée en Outre-Mer, « Gwad’AMAP » créée en 2010 en Guadeloupe.

En ce début d’année, votre association fête ses 6 ans. Quel regard portez-vous sur ces six années écoulées ?

Ces 6 années ont été marquées par une augmentation lente mais permanente du nombre d’adhérents. Nous avons débuté avec 6 paniers par semaine pour atteindre 70 paniers semaine. Le groupe s’est petit à petit structuré pour devenir un collectif auto-géré capable de porter d’autres projets : jardins partagés, jardins pédagogiques dans les écoles,…

Parmi les différents types de vente directe, pourquoi avoir fait le choix d’une AMAP?

Les AMAP permettent de développer un lien très profond entre les consommateurs et les producteurs. Nous invitons régulièrement nos adhérents sur nos exploitations pour qu’ils puissent découvrir concrètement comment nous travaillons. Ce sont eux qui jouent le rôle d’organisme de certification des pratiques biologiques. Cette démarche de certification participative n’est malheureusement pas reconnue et, par conséquent, notre agriculture n’est pas labellisée biologique.

Quelles sont les barrières que vous avez surmontées et auxquelles vous faites face aujourd’hui ?

Nos débuts ont été marqués par une réticence des agriculteurs biologiques à intégrer une AMAP. Nous avons donc fonctionné avec peu de producteurs, ce qui permet d’avoir un lien très étroit entre les consommateurs et les producteurs.

Aujourd’hui, notre plus grand défi est de produire plus pour pouvoir répondre à la demande et assurer aux producteurs un niveau de rémunération correct.

Pourquoi est-ce difficile de trouver des agriculteurs?

Fonctionner en AMAP nécessite d’être capable de produire en permanence une quantité importante de produits diversifiés puis de gérer correctement des revenus assez importants qui n’interviennent que 2 fois dans l’année (nous fonctionnons par semestre). Ce fonctionnement n’est pas facile pour l’ensemble des agriculteurs.

En tant que producteur et consommateur, quel est, selon vous, la place de l’agriculture biologique en Guadeloupe?

Elle est marginale. La demande dépasse très largement les capacités de production. Ce phénomène est renforcé par l’absence totale de structuration de la filière : aucun technicien bio à la Chambre d’agriculture, désintérêt des politiques, impossibilité d’accéder au foncier de manière pérenne,… Résultat : seulement 0,2% des terres sont cultivées en bio en Guadeloupe!

Que pouvons nous vous souhaiter pour cette nouvelle année?

Notre souhait est de pouvoir acheter 3 à 10 ha de foncier agricole pour mettre en place notre projet de ferme pédagogique pilote et pouvoir commencer à dessiner le modèle agricole de la Guadeloupe de demain. Le modèle actuel (canne et banane) n’est ni écologiquement sain, ni économiquement viable. Cette biculture est subventionnée, presque intégralement exportée et peu génératrice d’emplois. A l’inverse, nous importons 80% de ce que nous mangeons…essayons de redresser le déficit de notre balance commerciale sur les produits alimentaires.

Un petit mot pour Jeunesse Outre Mer…?

Félicitations pour votre initiative. Pour trouver des solutions aux défis du chômage, notamment chez les jeunes, l’Outre Mer a besoin de pouvoir créer et produire à partir de ses propres ressources. Le monde change à toute vitesse. Si nous voulons que l’avenir soit vivable dans les DOM il va nous falloir apprendre à vivre ensemble, sortir de notre dépendance à la métropole et à l’Europe et construire notre culture et notre identité sans tabou ni complexe d’infériorité. Tout cela en gardant un esprit ouvert et bienveillant sur le monde.

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Aurélie Mercier

Globe trotteuse avertie, passionnée des financements structurés, soucieuse d'un développement durable et amoureuse de l'Outre Mer, JOM La Redac se situe au carrefour de ces centres d'intérêts. My own goal: Go farther, see higher!

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1 Comment

  1. CarpeDiem dit :

    Merci pour votre article qui met en lumière notre agriculture locale que l’on a souvent tendance à négliger. J’espère qu’une telle initiative est soutenue par la population.

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