[MUSICALEMENT JOM] Jocelyne BEROARD : « Pour que ça marche il faut être vrai et travailler son art sérieusement. » (2/2)

[MUSICALEMENT JOM] Jocelyne BEROARD : « Mon héritage musical me rend forte, car unique face à l’autre. »
26 juin 2018
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[MUSICALEMENT JOM] Jocelyne BEROARD : « Pour que ça marche il faut être vrai et travailler son art sérieusement. » (2/2)

Nous poursuivons la connaissance d’une des icônes musicales de la musique antillaise. Dans ce deuxième volet, Jocelyne BEROARD se livre sur son rapport à la jeunesse et nous délivre de précieux conseils pour réussir dans le milieu musical.  Amis mélomanes, laissez-vous bercer  !

Vous êtes une icône musicale et faites partie, sans conteste, des personnalités  incontournables de la Martinique. Pourtant, face à ce tel succès, vous êtes restée vous-même et avez conservé vos valeurs. Vous êtes très accessible pour le public. Comment êtes-vous parvenue à rester humble?

Copyrights : Micha Bellemare

Tous les gens se posent les mêmes questions : pourquoi suis-je né et pourquoi dois-je mourir ? Tous les gens se lèvent, travaillent ou le souhaitent et doivent dormir un minimum s’ ils veulent tenir, manger, se laver, aimer etc… et rêver. Pourquoi serais-je différente ? J’ai des doutes et y travaille, j’ai des colères et y travaille, des manques et apprends à compter ce que j’ai déjà pour être heureuse. Je vis à la Martinique et c’est tous les jours que je constate que les gens ont du bon, savent partager, soutenir, sourire. Ceux qui ont du mal à faire ces choses ne méritent pas d’être lâchés mais soutenus ou conseillés s’ils le désirent. Pourquoi serais-je différente parce que je passe à la télé ou monte sur scène ? Je viens d’ici et j’ai la chance de pouvoir y vivre alors je dis bonjour aux autres, parce qu’un sourire, une petite attention telle que « bonjour » peut adoucir une peine que nous ignorons, peut changer une mauvaise pensée, peut simplement faire du bien. Je crois que nous passons sur terre pour participer à l’amélioration des choses, ne serait ce qu’une fois et pour une seule personne. Le faire en plus grand nombre, si on peut, si on a cette chance, c’est une bénédiction alors ça ne peut pas nous changer mais simplement nous amener à dire sans cesse merci à la vie, aux gens, aux oiseaux, à l’univers.

Quel est votre rapport avec la jeunesse?

J’ai eu des neveux et des petits neveux et crois être restée très proche d’eux et à leur écoute. J’en fais de même dans le milieu musical. J’écoute, j’observe, j’apprends d’eux et suis ouverte s’ils ont besoin de mes conseils. Je ne supporte pas la cassure, la scissure orchestrée par les médias, car chacun a à apprendre de l’autre parce que ça évite de faire les mêmes erreurs. Je ne comprends pas qu’on n’écoute pas ce qui date parce qu’on a peur d’être hors de la mode. Ce qui était avant, enrichit et inspire pour faire évoluer les choses. Rien ne part de rien. J’ai eu la chance d’avoir une grande famille et nous avons toujours eu du plaisir à écouter les aînés. De plus savoir ce qu’ils ont enduré ou traversé permet de mieux les comprendre et les apprécier. En Afrique on dit qu’un vieillard qui meurt c’est une bibliothèque qui brûle. Et en tant qu’adulte devenant aînée, je dirais que nous devons rester proches des jeunes, le plus possible, pour mieux les comprendre, les aimer et les guider. Les jeunes de Martinique sont beaux.  Je les regarde passer et ai souvent envie de les photographier. Ils me rappellent ma jeunesse, alors ils me font sourire avec tendresse.

Aujourd’hui, avec l’expérience et le recul, quels seraient les conseils que vous donneriez aux jeunes qui préparent leur avenir professionnel?

J’ai juste envie de leur dire de ne pas se tromper de chemin et de rester forts. Faire un choix nécessite de bien réfléchir. On ne fait pas un métier pour avoir de l’argent et acheter des choses matérielles. On fait un métier parce qu’on a envie de s’épanouir, s’investir, et les choses matérielles arriveront de toute façon. On participe au développement du pays alors c’est tout son être qui devrait s’engager. Ne pas être inutile est une priorité. Exercer un métier avec amour est sans doute facile à dire, mais faisable si on apprend à faire la moindre des choses de tous les jours avec amour. Lorsque l’on baigne dans l’agacement, on ne fait rien de bon. Lorsque l’on fait bien quelque chose c’est toute une vibration positive qui s’opère et notre vie change.  On voit plus loin et on a l’énergie de tout faire pour atteindre son but.

Pourriez-vous nous faire un bilan de votre vie?

Photos remises par Jocelyne Beroard, certaines photos sont sujettes au copyright, merci de ne pas les utiliser sans autorisation.

Waw, on peut attendre pour ça non ? Chaque jour, je tâche de progresser. Si ce n’est pas le cas, alors je m’y mets doublement le lendemain. J’ai fait des mauvais choix et pense mieux savoir les faire aujourd’hui. Je crois que dans le paragraphe précédent je donne une ligne de conduite qui est mienne : Faire bien chaque chose, du mieux qu’on peut. Ne pas s’en vouloir lorsque l’on échoue mais travailler à oublier cet échec par une victoire. Victoire non pas de l’égo, mais une victoire vers la sérénité. Mes projets ? Réussir à transformer en 48h les 24h que nous avons afin de tout faire convenablement! 🙂

Le métier d’artiste est souvent mal perçu (insécurité financière, instabilité géographique, plutôt une passion et non un métier). Pouvez vous nous exposer votre point de vue notamment pour ceux qui envisageraient ce type de carrière?

Premier plan, assurer ses arrières. Si ça ne marche pas, que puis-je faire d’autre ? Et se dire surtout que pour que ça marche il faut être vrai, soi-même et travailler son art sérieusement parce que ceux qui réussissent ont souvent beaucoup travaillé. Etre patient, généreux parce qu’on donne, on se donne. Etre prêt à faire des sacrifices parce que ce métier s’empare de vous. Etre reconnaissant lorsque tout va bien et ne pas s’inquiéter de ce que pense l’autre, car ce sont plus souvent les mauvaises choses qui nous parviennent. Il faut savoir se placer au dessus de ces bruits  en gardant toujours l’envie de continuer à faire.

Pour finir, aimer son métier en tâchant de déceler le superficiel qu’il apporte des fois, sans s’émouvoir. Et comme dirait Esy… devenir « an solda lanmou » !

Sur cette note finale, nous vous invitons à redécouvrir ce qui rythme notre quotidien car sans musique nous ne ferions qu’exister. Avec elle, nous vivons! 

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Céline Clairicia

Céline Clairicia

Amoureuse de mon île, mon rêve est de contribuer au développement de la Martinique. Attirée par le secteur touristique, j'aspire à travailler dans ce domaine. J'ai rejoint le pôle rédaction de Jeunesse Outre-Mer afin de partager la passion que j'ai pour mon petit coin de paradis en mettant en avant des projets, des personnes, des innovations... qui tendent à son évolution. Mon but premier est de montrer que la Martinique n'est pas qu'un paysage merveilleux de carte postale mais beaucoup plus !

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