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[MUSICALEMENT JOM] Jocelyne BEROARD : “Mon héritage musical me rend forte, car unique face à l’autre.”

Ils ont bercé notre enfance, animé notre jeunesse, en bref rythmé notre vie. Quel que soit notre âge, ce groupe nous fait vibrer depuis une trentaine d’années. Kassav, icone musicale, a traversé les générations. Des Antilles à Paris, ils sont devenus aujourd’hui plus célèbres que jamais. Conscients de la portée de notre culture, nous avons fait connaissance avec l’un de ses membres qui a fortement contribué à la prospérité du groupe. Aussi talentueuse qu’elle soit, Jocelyne BEROARD partage avec nous les débuts de sa carrière, sa vie d’artiste et son parcours de manière générale qui lui a permis de devenir la femme qu’elle est aujourd’hui.

Racontez-nous votre parcours !

Photos remises par Jocelyne Beroard, certaines photos sont sujettes au copyright, merci de ne pas les utiliser sans autorisation.

Je n’avais pas prévu d’être chanteuse. Dans mon éducation être artiste n’était pas synonyme de sérieux et signifiait aléatoire et pour finir….mourir de faim. J’ai eu un Bac scientifique puis je suis partie faire des études de pharmacie que j’ai abandonnées 2 ans après pour les Beaux Arts, ce qui  qui m’a amené à Paris. Là j’ai retrouvé mon frère Michel, musicien, qui m’a introduite dans le milieu de la musique afro-caribéenne et je me suis retrouvée à ne faire que ça.

J’ai été d’abord choriste professionnelle, tout en chantant en solo dans les piano-bars du jazz, de la bossa et de la musique traditionnelle antillaise (biguine et mazurka avec une pointe de jazz). Je chantais aussi dans les bals d’associations. Je n’ai pas participé au premier album de Kassav, mais je l’ai entendu et ai su que c’était la direction que je voulais prendre. A Paris, comme plus jeune au pays, j’écoutais toutes sortes de musiques mais avais pour objectif de faire progresser la notre qui n’était connue que sous des aspects doudouistes ou folkloriques. Une chanson de Henry Gueydon « Son tanbou-a » m’avait réconfortée dans mon amour pour le tambour et à Paris lorsque quelqu’un jouait du gwoka dans le métro cela me touchait et je m’arrêtais pour l’écouter.

Kassav, sur ses deux premiers albums, mettait les tambours en avant parce que l’objectif était de nous ramener à nos musiques initiales – bèlè et gwoka – pour créer un style nouveau et non aller copier celui de l’autre. Entendre ce premier album m’a attaché à Kassav et lorsqu’ils m’ont appelée, j’étais la plus heureuse. J’ai beaucoup appris avec eux. Heureusement, avec les groupes que je fréquentais avant Kassav, nous avions pris des cours de chant pour savoir comment respirer et ne pas nous fatiguer la voix. Cela m’a donné une base.

L’objectif de Kassav était de créer un style qui nous ressemble et la réunion de toutes ces personnes venant d’horizons divers nous a permis d’apprendre les uns des autres et progresser ensemble. J’étais un peu complexée face à ces hommes qui avaient l’habitude d’être sur le devant de la scène  et je mettais les bouchées doubles. Très vite, je suis passée de choriste à soliste. Ayant toujours été fanatique de voix particulières, chantant des textes costauds, j’ai plutôt embrassé la partie écriture plus que les arrangements musicaux où excellaient mes copains de Kassav. Comme le créole était aussi très important dans notre démarche cela m’a obligé à connaitre un peu mieux ma langue et la sublimer. J’ai acheté des livres de grammaire et dictionnaires de créole pour cela. Chanter un beau texte permet de ressentir des émotions plus fortes qu’avec un texte insipide. Il était donc important que je soigne l’écriture afin d’augmenter mon plaisir sur scène.

Aussi passionnant que cela peut l’être, le métier d’artiste comporte comme tout métier des contraintes. Comment avez-vous pu gérer cela dans votre carrière à côté de votre vie personnelle?

Ma vie personnelle est passée en retrait. Je suis une femme et jusqu’à maintenant, les enfants grandissent dans le ventre des femmes. Bien sur que j’ai eu envie d’en avoir, j’aime les enfants et les gens en général, mais je ne voulais pas en faire seule car ne pas avoir une relation stable et solide ne m’autorisait pas d’en faire pour mon seul plaisir. Tous mes copains ont eu des femmes qui leur ont donné des descendants en restant à la maison, moi je n’étais pas à la maison, le monde était ma maison. Alors j’ai opté pour m’occuper des enfants du monde et de chez moi. J’ai encore pour mes petits neveux plein de tendresse et d’attention. Je n’ai pas l’expérience d’une mère mais j’ai autant d’amour je crois.

La photographie, une autre passion? En avez-vous d’autres?

J’ai eu la chance de commencer la photo très tôt avec les appareils de mes parents et j’ai aussi fait partie du club photo du Lycée de Bellevue à l’époque appelé Lycée de Jeunes Filles. Je savais développer les pellicules et tirer les photos en noir et blanc. Je dessinais aussi beaucoup et j’ai naturellement laissé mes pinceaux et crayons pour l’appareil qui me permettait de partager plus rapidement les moments qui me touchaient. J’ai aussi eu la chance de voyager dans la Caraïbe avec mes parents depuis petite, et adore les îles. Y retourner me permet, quelque soit l’île, de partager  leur beauté et celle de la mienne en premier bien sûr, avec le reste du monde, puisqu’aujourd’hui, les réseaux sociaux le permettent.

J’apprends tout le temps à mieux utiliser mon appareil et sublimer les photos avec les logiciels de retouche. Pratiquement toutes les îles de la Caraïbes ont eu la même histoire douloureuse, et les langues ne sont pas un obstacle pour moi car j’ai appris et adore parler divers langues. Donc je me sens bien dans chacune de ces îles, mais mon chez moi reste toujours « la lonbrik-mwen téré » c’est à dire la Martinique où ont vécus mes parents et arrières grands parents et où je suis née. Mes autres passions: le dessin, la couture -je fais beaucoup de mes vêtements -, le bricolage, la natation.

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Kassav est devenu au fil du temps la référence musicale dans la Caraïbe. Ce groupe a traversé les générations ! Quel est le secret de votre succès? Qu’avez-vous fait pour en arriver là?

Nous avons tâché d’être vrais, authentiques. Ne pas ressembler même furtivement à l’autre mais proposer à l’autre de nous découvrir, découvrir notre richesse culturelle – nous en sommes persuadés- et accepter que l’autre aussi nous livre qui il est. Nous ne sommes pas en compétition, au contraire ! Mais dans un échange qui nous rassemble en nous enrichissant mutuellement sans dénaturer l’autre. Mes goûts musicaux sont ultra variés, et je m’amuse aussi de temps en temps à faire de la musique venue d’ailleurs.  Cependant, si je dois évoluer dans le monde, c’est mon héritage musical que je trimbale et qui me rend forte car unique face à l’autre. Je crois que la philosophie de Kassav a été, pour tous, la même et que c’est ce lien qui nous a maintenu ensemble à ce jour. Nous devions travailler ensemble pour atteindre un but. Nous n’avons mis que cette énergie en branle, le reste devenait superflu. C’est sans doute cela qui est la force du groupe et nous a fait gagner et durer dans le temps. Nous n’avons fait qu’une chose : rester nous même et dire aux autres que c’est le meilleur qu’on puisse leur offrir.

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Céline Clairicia

Céline Clairicia

Amoureuse de mon île, mon rêve est de contribuer au développement de la Martinique. Attirée par le secteur touristique, j'aspire à travailler dans ce domaine. J'ai rejoint le pôle rédaction de Jeunesse Outre-Mer afin de partager la passion que j'ai pour mon petit coin de paradis en mettant en avant des projets, des personnes, des innovations... qui tendent à son évolution. Mon but premier est de montrer que la Martinique n'est pas qu'un paysage merveilleux de carte postale mais beaucoup plus !

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