Mort de Michel Rocard, le père des accords de Matignon

Weslash : trouvez votre job étudiant idéal
20 juillet 2016
Let’s debunk aviation ! Top 5 des idées reçues sur les avions
29 juillet 2016
Voir tout

Le 2 Juillet dernier, s’est éteint Michel Rocard, homme politique emblématique de la deuxième gauche . Son mandat de premier ministre sous François Mitterrand, entre Mai 1988 et Juin 1991, aura été marqué par la signature des accords de Matignon. Retour sur ces accords historiques qui ont bouleversé le paysage institutionnel Néo-calédonien ainsi que sur la période qui a suivi leur signature.

Un contexte insurrectionnel sus-jacent

Dans le milieu des années 80 ont éclaté des affrontements entre les partisans de l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie rassemblés sous l’égide du Front National de Libération Kanak et Socialiste (FNLKS) et les partisans du maintien de la Nouvelle-Calédonie Française réunis au sein du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR).

La gronde sociale atteint son paroxysme le 22 avril 1988 avec la mort de quatre gendarmes quand la gendarmerie de Fayaoué est attaquée sur l’île d’Ouvéa. Vingt-sept gendarmes sont pris en otage dans la grotte de Gossanah. A l’issue de quoi le GIGN interviendra le 5 Mai dans le cadre de l’opération Victor. Deux militaires et dix-neuf militants indépendantistes y trouveront la mort.

Les Accords de Matignon :  le conflit désamorcé

Ces conflits ayant éclaté durant l’entre-deux-tours des élections présidentielles, le premier ministre fraîchement nommé en la personne de Michel Rocard s’empare du dossier. Afin de rétablir la paix, il entame des négociations entre les deux parties. Ces dernières aboutiront à la signature des accords de Matignon le 26 Juin 1988 à l’hôtel de Matignon par Jean-Marie Tjibaou, représentant des indépendantistes, et Jacques Lafleur, représentant des partisans d’une Nouvelle-Calédonie Française. Ces accords ont été ratifiés par référendum populaire où les électeurs devaient répondre à la question suivante : « Approuvez-vous le projet de loi soumis au peuple français par le Président de la République et portant dispositions statutaires et préparatoires à l’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie en 1998 ? ». Le Oui l’emporta à hauteur de 80% des suffrages exprimés.

Ces accords ont pour objectif d’établir un équilibre entre les populations Kanaks et Caldoches ainsi qu’un découpage territorial de trois provinces gérées un an par l’Etat pour des questions de neutralité. Et cela, le temps qu’un référendum d’auto-détermination soit organisé dans 10 ans où se prononceraient exclusivement les personnes installées en Nouvelle-Calédonie antérieurement à 1988. Cette consultation est finalement reportée, Jean-Marie Tjibaou ayant été assassiné et Jacques Lafleur estimant qu’il n’était pas souhaitable d’organiser si tôt un référendum d’autodétermination.

L’Accord de Nouméa : le référendum d’autodétermination différé

C’est sous la coupole de Lionel Jospin que ces accords sont signés le 5 Mai 1998 afin de repousser, entre la période s’étendant de 2014 à 2018, le référendum d’autodétermination.  Cet accord est approuvé à hauteur de 72% par la population néo-calédonienne le 8 Novembre 1998.

En termes de contenu, cet accord établissant une organisation politique transitionnelle, se subdivise en six parties. Dans un premier temps,  l’identité Kanak est mise en avant avec notamment la création d’un Sénat coutumier de seize membres et l’apparition de signes identitaires (drapeau, hymne, devise, graphisme de billets de banque). Une citoyenneté Néo-calédonienne est reconnue en deuxième partie, élément  déterminant en termes de droit du travail et de droit de vote. Ensuite, il est question de l’exécutif Calédonien  qui devient un gouvernement collégial élu par le Congrès et responsable devant lui. Enfin, un transfert progressif de compétences  dans tous les domaines est également prévu, excepté les compétences régaliennes :  la monnaie, la sécurité intérieure, la justice et la défense.

 

Mort-de-Michel-Rocard-Pere-des-Accords-de-Matignon-jeunesse-outre-mer-media-ultramarin-reseau-professionel-de-jeunes-d-outre-mer (2)

Et maintenant ?

Le 11 Mai 2014, se sont tenues les élections provinciales à l’issue desquelles les partisans d’une Nouvelle-Calédonie Française ont conservé une infime majorité au Congrès chargé de nommer le gouvernement Néo-calédonien et d’organiser le référendum d’autodétermination qui doit se tenir au plus tard en Novembre 2018. François Hollande et Manuel Valls ont dans cette optique, rappelé au gouvernement Calédonien l’obligation d’organiser le référendum qui lui incombe avant Novembre 2018. C’est donc dans un contexte socio-économique difficile – crise du Nickel et montée de la délinquance- que les responsables politiques Néo-calédoniens devront se hâter d’organiser ce référendum d’auto-détermination tant attendu.

The following two tabs change content below.
Lovely BERGENA

Lovely BERGENA

Aspirant à faire du droit des Outre-Mer la figure de proue de mon parcours de juriste, j'ai trouvé en la Rédac' un bel espace d'expression. Dès mon plus jeune âge, j'ai eu un goût prononcé pour l'écriture. Dynamique, débordante d'énergie et de vitamines, ma curiosité m'amène à ne pas me restreindre au droit. Ma philosophie ? Poté mannèv ! (Action !)

3 Comments

  1. PENELOPE BERGENA dit :

    belle page historique ! Bravo

  2. Eloas dit :

    Dommage que l’on se penche sur l’histoire de l’outre-mer au moment du décès d’une personnalité ( on attend un prochain décès pour un autre article ?) mais c’était une bonne occasion ! Merci pour l’éclairage

  3. Lovely BERGENA Lovely BERGENA dit :

    Bonjour cher lecteur,

    Merci pour l’intérêt porté à nos écrits. Tout à fait d’accord avec ce que vous soulevez. La Rédac’ aspire justement à être davantage dans l’action que dans la réaction.

    Quoi qu’il en soit, continuez à nous laisser vos avis afin que nous nous améliorions.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *