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Les Outre-Mer, terres fertiles pour les Makers

Le week-end 09 au 11 Juin, s’est tenu à la cité des science de la Villette, le plus grand rendez-vous de bidouilleurs, bricoleurs, inventeurs, geeks de France, la Makerfaire Paris . Sur 8.000 m², à la Cité des sciences et de l’industrie, pas moins de 800 Makers sont venus présenter plus de 200 projets. A cette occasion, 75 conférences animées par leurs soins ont été l’occasion pour les curieux et passionnés d’échanger sur le mouvement Maker. Le long des allées, des bricoleurs de génie, farfelus ou poètes, électroniciens, informaticiens, artisans, jardiniers 2.0 ont exposé leurs prototypes, partagé leur passion, présenté leur association et proposé leurs activités, pouvant aller de la construction de drones, à la culture automatisée de plantes, ou même à l’impression 3D d’objets du quotidien. Tous ont répondu présents pour un même objectif :  faire l’éloge du faire-ensemble, du travail collaboratif, de l’expérimentation et du partage du savoir. Pour ne pas vous laisser en reste, et vous donner l’envie d’y aller l’année prochaine, nous vous proposons un rapide tour d’horizon de l’univers des makers et des Fablabs, un univers intriguant, passionnant et vous verrez, plein de ressources pour les outre-mer.

Un peu d’ histoire

Il n’est pas tout à fait juste de faire commencer un article sur le mouvement des makers par la création des fablabs, mot issu de la contraction de fabrication et laboratoire, dans la mesure ou les concepts dont s’inspirent les fablabs ont été largement puisés dans les mouvements des hackers, qui se sont structurés depuis bien plus longtemps.  Par exemple, Chaos Computer Club formé en 1981 à Berlin ou Chaos Computer Club Cologne en 1995. Cependant, parce que les Fablabs sont le symbole d’une ouverture à un plus grand public, ils sont  un bon point d’entrée.

Le Fablab fait partie de la grande famille des tiers-lieux , des espaces partagés qui expriment l’envie des citoyens de partager de façon libre et informelle. Les potagers communautaires, les espaces de coworking, les incubateurs sont des tiers-lieux. Les Hackerspaces, les Techshops , les Fablabs , sont eux aussi, des tiers-lieux du domaine technologique. Chacun de ces lieux a sa petite particularité. Un TechShop est par exemple un atelier payant en libre-service assez classique.

Bien qu’il s’agisse ici d’un article sur les Fablabs, l’ancrage fort que ces structures possèdent avec leur territoire entraîne une grande diversité dans les modes de fonctionnement, dans les thèmes abordés : biologie, drone, électronique ; et dans les populations qui les composent : étudiants pour les structures créées dans les universités (Faclab de Cergy), enfants pour des structures issues des bibliothèques (Lorem), ingénieurs, techniciens pour d’autres comme l’ Electrolab . Il est difficile de généraliser. Ces lieux partagent quand même dans les grandes lignes, les mêmes valeurs : celles de la liberté de créer, la non-discrimination à l’entrée et le partage de connaissances.

Le Fablab Lorem

C’est en 2001 que naît le premier Fablab, au sein du « Center for Bits and Atoms (CBA) du Massachusetts Institute of Technology (MIT), une célèbre université américaine, à l’initiative du directeur du CBA, Neil Gershenfeld. Cette démarche a fait suite au succès de son cours : « Comment fabriquer (presque) n’importe quoi ». Ce cours, toujours proposé aujourd’hui sous l’appellation MAS 8637 , fut l’ occasion de découvrir les potentialités des machines à commande numérique. Neil Gershenfeld forme une vision du futur dans laquelle les machines de fabrication personnelle telles les imprimantes 3D , les découpeuses-lasers, ou les CNC , nous transformerons en « magiciens capables de produire ce que nous souhaitons, quand nous le souhaitons : téléphones portables, vêtements, appareils électriques ». Pour matérialiser sa vision, il crée donc un premier fablab, un concept alors validé par un label du CBA. Le concept essaimera dans le monde entier par l’intermédiaire de la FabFondation qui aidera plus tard à structurer le réseau des fablabs. On compte à ce jour 1140 structures affiliées officiellement dans le monde.

Ce qui unit les Fablabs du monde, c’est d’abord une charte , qui a été développée au sein de la FabFondation. En France, les premières initiatives sont lancées à partir de 2009 : Artilect FabLab Toulouse en 2009, puis Ping à Nantes, Nybi.cc à Nancy et Net-iki à Biarne dans le Jura, en 2011, le FacLab de l’université de Cergy-Pontoise et les LabFab de Rennes de Lannion et de Montpellier en 2012. La communauté des Makers Français (Bidouilleurs/Bricoleurs), est bien répartie sur le territoire Français et s’appuie sur des structures associatives, institutionnelles ou privées dynamiques.  En 2017,  490 structures sont dénombrées.

La technologie au service de l’humain

Comme indiqué plus haut, les membres de la communauté partagent certaines valeurs assez communes à bien des tiers-lieux : une large ouverture à tous les milieux sociaux, sans discrimination de confession, de couleur, d’âge, de sexe ou de formation, une envie de partager des connaissances, de diffuser des savoirs, une envie de vulgariser, une quête de l’autonomie dans l’apprentissage des savoirs et des savoirs-faire,  une hiérarchie aplatie.

Le mouvement profite du boom de l’internet et de sa formidable capacité à faciliter la diffusion des savoirs au travers de plateformes collaboratives telles que wikipédia, qui est une plateforme encyclopédique collaborative, Thingiverse qui est une plateforme de partage de fichiers 3D qui peuvent être imprimés avec une imprimante3D , Open Source Ecology qui est une plateforme de partage de plans de machines agricoles réalisables soi-même, Instructables qui est une plateforme de partage de tutoriels ou github qui est une plateforme de partage de codes informatiques. Le mouvement des makers s’appuie aussi beaucoup sur les logiciels libres et gratuits, tels que firefox qui permet de naviguer sur le web, linux qui est un système d’exploitation informatique libre, blender qui est un logiciel libre et gratuit de modélisation, d’animation et de rendu en 3D, ou de puredata qui est un logiciel libre de musique assistée par ordinateur. Ce mouvement profite également du développement de plateforme (électronique) hardware, spécialement conçues pour les amateurs voulant s’initier à l’électronique ou l’informatique. On peut citer par exemple les cartes électroniques arduino , les cartes électroniques olimex ou les mini ordinateurs raspberry , ces outils de coût très raisonnable ont la particularité d’être bien documentés, et ils bénéficient d’une communauté active et pédagogue. Tout cet écosystème, dont certains en ont fait leur métier (voir : imprimante 3D ), permet de réaliser des projets de manière plus simple et parfois plus ludique.

Finalement la communauté des makers n’aurait probablement pas été si dynamique si elle n’avait pas pu s’appuyer sur le développement des licences opensource, qui vont faire l’objet d’un autre article tant ces licences jouent un rôle central dans la diffusion des savoirs techniques. La publication d’un code informatique par un développeur, d’un tutoriel par un maker sous une de ces licences garantit le plein usage, le droit de partage et même pour certaines licences, la commercialisation à toute personne qui le désire pour peu qu’elle partage en retour le travail issu de la publication.

En creux, une critique de nos modes de consommation

La Makerfaire

Dans leur grande majorité, les tiers-lieux de type fablab ne sont pas politisés, les adhérents ne font pas étalage de leur préférences politiques et ne militent pas. Cependant on peut voir transparaître en filigrane, une critique certaine de nos modes de consommation et de notre système éducatif.

Allier l’activité manuelle à l’activité intellectuelle, trouver une satisfaction à travailler avec ses mains, réparer au lieu de jeter, transformer un déchet ménager en appareil fonctionnel, ne plus être spectateur de la technologie mais être acteur, trouver des conseils auprès de ses pairs, travailler dans des domaines auxquels on n’aurait jamais eu accès autrement, faire de la vulgarisation auprès du public décrocheur, avoir un regard plus critique sur nos usages et notre rapport aux nouvelles technologies : à l’arrivée les motivations des adhérents sont diverses mais on en vient inévitablement à se remettre en question sur sont rapport à la technologie.

 

 

Beaucoup de projets initiés dans les fablab sont liés à des problématiques très actuelles. Les fablabs ne sont pas des lieux peuplés de geeks insensibles au monde qui les entoure. Bien au contraire. Au labfab de Rennes, Nicolas Huchet a développé une prothèse de bras articulé pour moins de 1000 euros, ce qui est incroyable compte tenu du prix de ce type de prothèse dans le commerce qui va de 15000 et 45000 euros. A Artilect, les makers travaillent sur la culture de spiruline, une micro algue avec laquelle, il est possible de produire des biocarburants. D’autres fablabs travaillent sur des alternatives au plastique, produites par des levures. Le constat est que plusieurs initiatives d’implantation ont pour objectif la mise en place de tiers-lieux en petite couronne et grande couronne francilienne comme celle du micro-folie de Sevran, du tmp-lab à choisy-le-roi ou du Lorem dans le 14 éme arrondissement de Paris.

Une philosophie taillée pour les problématiques ultramarines

Le Fablab de Jarry, Guadeloupe

Les régions ultrapériphériques accumulent plusieurs handicaps qui sont un frein à leur développement. Éloignement des grands centres de productions de savoirs, déséquilibre de la balance commerciale, dépendance énergétique, gestion des déchets, problématiques environnementales, chômage.

Face à ces nombreux défis, le concept de Fablab peut-être vu comme une source d’inspiration pour les citoyens et professionnels désireux de redynamiser leur région.

D’ailleurs, plusieurs Fablab ont d’ores et déjà vu le jour en outre-mer, dans la Caraïbe et en Guyane. On peut citer La Kazlab à Saint Laurent du Maroni, le NIHERST à Trinidad et Tobago et le Fabponics à Porto-Rico, le Tilab en Martinique. En Guadeloupe, le Fablab de Jarry, ouvert en 2015 n’a pas attendu longtemps avant de mettre son savoir-faire au service des citoyens.

 

En effet , lorsque les autorités abandonnent les recherches du Cessna 172 concernant un chef d’entreprise guadeloupéen dont on n’avait plus de nouvelles depuis son décollage de l’aérodrome de Saint-François, le 26 septembre 2016, les membres du Fablab n’hésitent pas à mobiliser leurs compétences. Ils montent une expédition avec des scientifiques de Prépa Sub et utilisent leurs deux sonars en cours de réhabilitation, à la recherche des débris de l’avion. Les recherches ne donneront rien mais ce rassemblement de compétences multi -formes va donner naissance à une expédition inédite en Guadeloupe, qui plus est, à l’initiative de guadeloupéens.

Cela démontre une capacité à créer des ponts intergénérationnel et interculturel, au travers du partage de connaissances et de savoir-faire. En favorisant le prototypage rapide et la production à l’échelle locale, à moindre coût, en faisant le choix des licences opensource, des plateformes d’expérimentations low-cost et d’une communauté permettant de stimuler l’apprentissage à un coût moindre, en inculquant le réflexe de réparer plutôt que de jeter, la communauté fait le pari de l’éducation par la pratique. Faisons le vœu que ces tiers-lieux soient en outre-mer et dans le monde, les fers de lance d’une innovation économique et sociale en phase avec les problématiques locales.

Voilà, J’espère que ce petit tour d’horizon aura éveillé votre curiosité et donné envie de franchir la porte du fablab ou atelier le plus proche de chez vous. N’hésitez pas vous, risquez de ne pas être déçu !

 

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Loic Laureote

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