Les Assises des Outre-Mer : en marche vers un projet de co-construction de la société ultramarine ?

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Les Assises des Outre-Mer : en marche vers un projet de co-construction de la société ultramarine ?

Le 9 Novembre dernier, le ministère des Outre-Mer a présenté au monde associatif ultramarin son nouveau projet : les Assises des Outre-Mer. Au programme : une présentation des objectifs et de l’équipe projet sous l’égide du rapporteur Thierry Bert, haut fonctionnaire d’origine réunionnaise. Cette réunion était également l’occasion pour l’équipe-projet d’échanger avec la société civile. Les Assises des Outre-Mer, nouvelle opportunité pour les ultramarins de tout remettre à plat ?

Que sont les Assises des Outre-Mer ?

L’équipe projet des Assises des Outre-Mer se donne 7 mois pour « imaginer, penser, réinventer ensemble l’avenir de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique, de Mayotte, de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie, de La Réunion, de Saint-Pierre-et Miquelon ainsi que de Wallis-et Futuna ». Durant cette période, le Ministère de l’Outre-Mer donnera la parole à l’ensemble des ultramarins à travers le site internet https://www.assisesdesoutremer.fr/ .

La base du projet : que nous soyons tous les acteurs des changements qui vont impacter les Outre-Mer. Pour cela, nous avions jusqu’au 23 Novembre pour hiérarchiser les priorités d’actions parmi une liste pré-définie.  Près de 8000 contributions sont à dénombrer ! Depuis le début du mois de novembre, les porteurs de projets peuvent se faire connaître en participant au concours d’innovation, toujours à partir du site. Enfin, à partir de Janvier 2018, nous pourrons choisir les projets que nous souhaitons voir réaliser, tout cela via la plateforme web des Assises des Outre-Mer. Les résultats de cette grande consultation permettront d’élaborer le livre bleu des Outre-Mer au printemps 2018. Les projets ont vocation à être réalisés dans la limite des stocks et des moyens disponibles… mais il semble qu’il soit prévu que nos projets soient intégrés au budget 2019, parole de Ministre !

Il sera possible d’intervenir à la fois sur la plateforme mais également en présentiel à travers des réunions publiques qui seront organisées dans tous les territoires participants à l’opération. Il y aura également des référents territoriaux, qui pourront être contactés grâce à une adresse mail présente sur le site internet.

Quoi qu’on en pense, les Assises des Outre-Mer représentent la démocratie participative dans toute sa splendeur : consultation, co-construction, empowerment, société civile, plateforme internet, tout est là !

Souviens-toi de l’année 2009, lorsque nous voulions  « construire ensemble une République véritablement fraternelle »…

Après les crises qui avaient secoué les Outre-Mer de janvier à Mars 2009, Nicolas Sarkozy avait lancé « Les Etats Généraux de l’Outre-Mer », nom prometteur de l’instance qui visait à remettre à plat les problèmes des Outre-Mer, tourmentés par la vie chère, le chômage grandissant, la violence… De Février à Juillet 2009, des groupes de travail thématiques (formation des prix, développement endogène, développement durable, rénovation du dialogue social, gouvernance, insertion de l’Outre-Mer dans l’environnement régional, égalité des chances, identité) et des consultations se sont tenus, afin que l’intelligence collective puisse mettre le doigt sur ce qui n’allait pas chez nous. La synthèse des propositions, rédigée par les 32 rapporteurs thématiques, a été présentée en Octobre 2009. Une large part des débats a notamment été destinée aux Ultramarins de l’Hexagone. Près de 8 ans plus tard, certains des projets ont connu de grandes avancées comme la création d’un musée à propos de l’esclavage (le Mémorial Acte), mais beaucoup des thématiques à traiter sont restées sans suites.

Toute ressemblance de personnages ou d’éléments du passé est fortuite : les Assises de l’Outre-Mer seront bien différentes des Etats Généraux, l’équipe-projet, qui ne comporte pas 32 membres cette fois-ci, persiste et signe pour faire le distinguo.

Des envolées lyriques et des attentes : libre-antenne pour les représentants associatifs

Le 9 Novembre au soir, les associations du 6e DOM avaient beaucoup de choses à dire. Après une introduction faite par la dynamique Ministre de l’Outre-Mer Annick Girardin, Thierry Bert, le rapporteur du projet a présenté la démarche avant de laisser la parole à une partie de l’équipe-projet. Etaient présents : Mémona Hintermann-Afféjee, conseillère au CSA et qui avait déjà participé aux Etats Généraux de l’Outre-Mer en 2009, Gaël Musquet, entrepreneur et spécialiste du numérique ainsi que Joëlle Prévot-Madère, présidente de la CPME 973.

Au-delà de la présentation du projet, c’est l’auditoire qui a construit le débat. Parmi les thèmes abordés : la place de la transmission de la culture en Hexagone, notamment à travers une véritable Cité des Outre-Mer – un lieu à la fois de transmission des cultures ultramarines entre ultramarins et pour les autres, ainsi que la création d’un véritable centre de la mémoire à Paris – , le régime statutaire de Mayotte, le plan de développement de Wallis-et-Futuna, le développement économique de nos territoires, la question de la gestion des infrastructures, la gestion des catastrophes naturelles, la formation professionnelle, la coordination de l’action entre la métropole et les Outre-Mer, les moyens de nos collectivités territoriales entre autres.

Un participant a rappelé à quel point il était important de sortir des sentiers battus et d’arrêter de transposer les politiques nationales telles quelles dans les territoires ultramarins. En ce sens, disposer d’un diagnostic précis de la situation tant au niveau des besoins de services publics que de l’offre déjà présente est nécessaire, afin que l’on sache comment appliquer un projet pour qu’il réussisse. Nous devons nous approprier la culture de l’évaluation et aller au delà de la simple lecture des rapports d’évaluation effectués par les divers commissions de l’assemblée – saviez-vous qu’il existe une Commission nationale d’évaluation des politiques de l’Etat Outre-Mer, qui délivre tous les deux ans un rapport de plus de 300 pages sur les politiques publiques dans les Outre-Mer? – , ou des  cabinets de conseil.  Pour s’approprier cette culture, les collectivités territoriales devraient internaliser l’évaluation des politiques publiques. Nous devons nous donner les moyens de réaliser nos projets. Aussi, il sera nécessaire de mettre en place des objectifs et des indicateurs de suivi clairs. En France, pour de multiples raisons, la culture de la performance en matière de services publics prend du temps à s’installer. Efficacité, qualité et efficience doivent guider notre action publique. Penser le futur avant de le construire est également nécessaire pour ce genre de projet : le Ministère des Outre-Mer dispose d’un service évaluation des politiques publiques et prospective, il ne reste plus qu’à espérer que la culture de la prospective se diffuse partout chez nous.

Donner la parole à la population pour co-construire les politiques publiques ultramarines… Vraiment ?

Le projet des Assises des Outre-Mer soulève quelques questions. Tout d’abord, Saint-Martin et Saint-Barthélemy ne sont pas inclus dans le projet. Ensuite, on peut s’interroger sur la population qui sera véritablement visée : non seulement il faut qu’elle soit informée du projet mais il faut aussi qu’elle puisse avoir les moyens de répondre au questionnaire sur internet. Il faut comprendre les messages diffusés sur le site : quand on sait que le taux de difficultés de lecture peut aller jusqu’à 74% dans certains de nos territoires… Les Assises des Outre-Mer risquent d’exclure une population qui de fait ne sera pas atteinte par la communication du ministère et de l’équipe-projet.

Autre point qui pourrait nous pousser à nous interroger : la question des moyens. Moyens, pour nos collectivités de mettre en place des instances de démocratie participative qui attirent une population souvent désenchantée. Moyens pour nos collectivités d’agir pour mettre en place de nouveaux projets innovants et fondateurs de notre société. Moyens pour nos collectivités de recréer de la confiance entre la population et eux-mêmes. Il faut que les collectivités soient épaulées, mais ils faut aussi qu’elles se donnent les moyens d’agir.

Les Outre-Mer disposent d’une population qui a les moyens. Avec le Hub Outre-Mer de la Station F, nous avons la chance de disposer d’un écosystème innovant reconnu et très actif, cela a été souligné lors de la soirée du 9 Novembre. Dans nos territoires, de jeunes entrepreneurs se battent pour dynamiser notre tissu économique. Notre jeunesse crée des réseaux ici et là, de Pointe-à-Pitre à Mamoudzou, en passant par New York et Johannesburg. Nous disposons d’un tissu associatif riche…  Nous avons clairement les moyens.

L’équipe-projet doit se faire un devoir d’associer l’ensemble de la population aux Assises des Outre-Mer, en multipliant les canaux d’interactions. Evitons de tomber dans l’écueil des promesses non réalisées, redonnons la confiance à l’ensemble des Ultramarins, montrons leurs qu’ils sont écoutés pour construire ce nouveau projet de société.

Cher gouvernement, à travers, les Assises des Outre-Mer, vous souhaitez redonner la parole aux Ultramarins… Vous avez 4 ans pour dépasser vos objectifs.

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Myriah Celeste

Myriah Celeste

La journaliste-chercheuse-ambassadrice-humanitaire que je ne suis pas a trouvé un beau terrain de jeu : JOM La Rédac'! Diplômée d'un master en politiques publiques, passionnée par la "chose publique" surtout quand elle touche aux Outre-Mer, je suis également très intéressée par les thématiques économiques et sociétales chez nous et en Afrique. Mon objectif ? Faire rayonner nos territoires dans le Monde et au delà.

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