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Depuis 2011, l’exportation des rhums ultramarins vers l’hexagone pouvant bénéficier d’une taxation réduite, était plafonnée à 120 000 hectolitres d’alcool pur par an. En ce mois de Juin 2017, la Commission Européenne a donné son feu pour augmenter ce quota et le porter  à 144 000 hectolitres. Il s’agit donc de l’extension d’une aide d’Etat non négligeable à la filière canne-sucre-rhum, puisque ce volume d’alcool produit en Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion bénéficie d’un droit d’accise réduit (ndlr: taxe spécifique qui porte sur le volume d’alcool pur commercialisé).  Or…  banane et canne-sucre-rhum : est-ce donc à cela que doit se résumer l’agriculture Outre-Mer ?

Des filières traditionnelles exportatrices, fruit d’un passé colonial

Pour comprendre la spécificité de l’agriculture ultramarine fortement spécialisée, il faut se pencher sur l’histoire de la paysannerie d’Outre-Mer. Les Départements et Régions d’Outre-Mer actuels que sont la Guadeloupe, la Guyane et la Martinique sont les héritiers des colonies de plantations établies par la France à partir du XVIIème siècle. L’établissement de ces colonies visait à satisfaire les demandes de la Métropole en produits exotiques et notamment en sucre de canne. Avec une forte augmentation de la demande, s’est installé un processus de dépendance et de spécialisation. Ce projet colonial échouera cependant pour la Guyane compte tenu du climat et de la qualité des sols peu propices à une agriculture de grande envergure. Avec la découverte de filons aurifères en 1850, le secteur agricole s’est quelque peu relancé, mais la  production reste néanmoins en deçà des productions antillaises. Quant à l’île de la Réunion, dont le projet colonial était à l’origine davantage axé sur une logique de peuplement,  elle se spécialise bien plus tardivement dans la culture du café jusqu’au début du XIXème siècle puis dans celle de la canne à sucre.

Mais alors que la culture de la canne à sucre traverse une crise dans les années soixante, causant  la fermeture de nombreuses distilleries en Guadeloupe et Martinique, la culture de la banane connait un réel essor sur ces territoires. Et des années plus tard, ce sont ces deux cultures qui dominent l’agriculture ultramarine.

Copyright : ©Min.Agri.Fr

Un enracinement des filières traditionnelles exportatrices

Bien entendu, le tissu économique de ces anciennes colonies de plantation n’est plus cantonné au secteur agricole qui représente dorénavant une part résiduelle de la production de valeur ajoutée dans ces territoires. Et cela, compte tenu de la tertiarisation de l’économie. Déjà en 2006, 80 % de la production de valeur ajoutée en Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion, provenaient du système tertiaire contre approximativement 2% de l’agriculture, composante du secteur primaire.

Cependant, l’agriculture génère tout de même aujourd’hui  33 000 emplois directs Outre-Mer. Parmi eux, 6000 sont décomptés au sein de la filière banane et 20 000 au sein de la filière canne à canne-sucre-rhum. Ce qui explique en partie, pourquoi la filière banane représente 49.14% de l’enveloppe annuelle POSEI (ndlr : « Programme d’Options Spécifiques à l’Éloignement et à l’Insularité » réservé aux Régions Ultrapériphériques de l’Union Européenne), soit 129.1 millions d’euros en 2016. La filière canne-sucre-rhum représente également une valeur non négligeable de 75 millions d’euros dans l’enveloppe annuelle POSEI, ajoutés à 86 millions d’euros d’aides nationales et de mesures de défiscalisation.

Un choix a donc sciemment été effectué en faveur des filières exportatrices dans la répartition des aides, tant nationales que communautaires. Alors que le modèle économique ultramarin actuel est décrié pour la balance commerciale déficitaire qui le caractérise, la question se pose de savoir si la répartition de ces aides, défavorable à la diversification des cultures, ne l’alimente pas.

La diversification des cultures, arlésienne de l’agriculture ultramarine ?

Copyright : Jeunes agriculteurs

 

Jeune agriculteur de 34 ans installé en Guadeloupe, Félix Combes a eu très tôt un goût prononcé pour la filière agricole. Après un BEP Agricole et un Bac Pro Agricole, il poursuit des études supérieures dans la même filière avec un BTS Agricole. Mais il ne s’arrête pas là et ajoute d’autres cordes à son arc déjà bien rempli : un CAP et un BEP préparateur en produits carnés (ndlr : boucherie).  Après son installation en 2007 sur son exploitation, il fait le choix de s’engager dans l’agriculture biologique. Il produit alors des œufs, des bovins, du maraîchage, de la banane plantain et de la culture fourragère (ndlr : foin). Il s’est livré à la Rédaction sur le sujet.

 

L’agriculture ultramarine est-elle vouée à  rayonner exclusivement dans les filières Canne à sucre et Banane ?

Sur le principe, la réponse est non. Mais dans la réalité, selon moi, ces deux productions historiques, très organisées (de la plantation à la commercialisation) qui bénéficient d’un soutien politique et financier, occupent la quasi-totalité de la SAU (Surface Agricole Utile). Par conséquent, ces productions deviennent très attractives. Pour changer cet état de fait, il faudrait que les autres filières soient sur un pied d’égalité pour pouvoir se développer.

En tant que jeune agriculteur, à quelle néo-agriculture ultramarine aspirez-vous ?

Nous pourrions faire une agriculture qui nous permettrait de nous distinguer réellement des autres.   Nous pourrions la valoriser dans cette grande Europe qui dit vouloir nous intégrer. Nous sommes des petits territoires et nos productions agricoles sont uniques en Europe. Nous devrions donc produire une agriculture saine afin de nourrir nos populations et nos compatriotes européens. Notre avenir dépend de notre capacité à produire de la matière première européenne de qualité. Il me semble qu’il n’y a que sur ce type de marchés,  dits « marchés de niche », que nous pourrions tirer notre épingle du jeu (sucres spéciaux, fruits bio … des produits tropicaux de qualité ORIGINE UE).

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Lovely BERGENA

Lovely BERGENA

Aspirant à faire du droit des Outre-Mer la figure de proue de mon parcours de juriste, j'ai trouvé en la Rédac' un bel espace d'expression. Dès mon plus jeune âge, j'ai eu un goût prononcé pour l'écriture. Dynamique, débordante d'énergie et de vitamines, ma curiosité m'amène à ne pas me restreindre au droit. Ma philosophie ? Poté mannèv ! (Action !)

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