Jean-Christophe Lefeuvre, directeur de Conservation International Nouvelle-Calédonie: « Le monde entier dépend de notre région. »

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Jean-Christophe Lefeuvre, directeur de Conservation International Nouvelle-Calédonie: « Le monde entier dépend de notre région. »

La conciliation du développement économique et de la protection de l’environnement est un des grands défis de notre temps. En Outre-Mer, des acteurs passionnés y consacrent toute leur énergie. Jeunesse Outre-Mer a rencontré l’un d’entre eux, Jean-Christophe Lefeuvre, qui dirige l’ONG Conservation International en Nouvelle-Calédonie.

Peux-tu présenter ton parcours scolaire et professionnel à nos internautes ?

Originaire de Tahiti, j’ai passé une partie de mon enfance au Vanuatu et en Afrique centrale. Je suis parti en métropole pour effectuer mes études supérieures à l’ISTOM, Ecole Supérieure d’Agro-Développement International située à Cergy-Pontoise. C’est une école d’ingénieurs entièrement dédiée à l’Outre-Mer et à l’international. L’ISTOM est pour moi une véritable « boîte à outils de la vie » qui permet de s’adapter partout et ouvre à toutes les spécialités techniques et scientifiques, mais aussi de commerce et de droit international.

Diplômé ensuite d’un Master de l’ENGREF, Ecole Nationale du Génie Rural, des Eaux et Forêts, ma carrière dans l’environnement est internationale. J’ai toujours été très mobile et je travaille généralement sur des missions courtes. J’ai ainsi mené des projets de conservation des forêts dans l’Océan indien, en Afrique et en Amérique Latine.

Actuellement, je suis le directeur du bureau de Conservation International en Nouvelle Calédonie. Conservation International est une ONG internationale de protection de la nature dont le siège est à Washington D.C. aux Etats-Unis et dont la majorité des activités se déroule sur le terrain à l’international.

En quoi peut-on te considérer comme un entrepreneur dans le domaine de la protection de l’environnement ?

J’ai pu contribuer à l’ouverture du bureau de l’ONG de conservation de biodiversité WWF en Nouvelle-Calédonie en 2001. A l’époque, les journaux illustraient un panda plantant son drapeau vert sur le caillou. C’était nouveau, le WWF était la première ONG internationale à s’implanter en Nouvelle-Calédonie et il y avait peu de cadrage sur les questions de gestion de l’environnement sur le territoire.

En 2006, j’ai travaillé pour l’ONF International sur un projet complexe de reboisement de l’île de Pâques qui a été un succès et qui est toujours actif, alors que nombre de projets du même type avaient échoué auparavant.

Jean-Christophe Lefeuvre, directeur de Conservation International Nouvelle-Calédonie

En 2010, je suis retourné en Nouvelle-Calédonie en tant que directeur de l’antenne locale de Conservation International. Nous n’étions que 2 dans l’équipe et nous travaillions sur quelques projets ciblés. Avec la volonté d’ancrer nos actions dans le contexte régional mélanésien, en respectant la nature et les cultures, j’ai pu développer le bureau qui compte maintenant 6 personnes et nous menons des projets d’envergure sur l’ensemble de la Nouvelle-Calédonie et au-delà.

Quelles sont les raisons qui t’ont poussé à t’engager dans la protection de l’environnement et en quoi est-ce important ?

Je suis un enfant des îles, j’ai grandi dans un cadre naturel préservé, et ai le souvenir d’avoir profité de plaisirs simples comme jouer sur la plage et regarder les tortues pondre. Dès lors, la nature est pour moi un jardin, un lieu de jeux, de vie, de réflexion, d’émerveillement et d’apprentissage.

C’est après avoir voyagé de par le monde que je me suis rendu compte d’une fracture grandissante entre l’Homme et la Nature. Je voyais l’absurdité d’un modèle de développement qui considère la nature comme inépuisable, dont les pratiques dégradent un certain nombre de biens et services naturels utiles au bien-être humain, avec l’expansion de grands centres urbains et des déchets croissants qu’ils génèrent, par exemple. Adolescent, j’avais cette envie de « changer le monde » et c’est ce qui m’a poussé dans mon choix d’études et m’a poussé à m’inscrire à l’ISTOM.

De nos jours, je crois en un mode de vie dans le respect, l’écoute et l’humilité face à la nature. Je souhaite m’engager pour mes propres enfants, pour ne pas les faire grandir dans le béton, et leur donner la chance de vivre dans un cadre préservé en profitant de la richesse naturelle et culturelle des Outre-mer. Cette qualité de vie existe sur Terre ; elle doit être reconnue et partagée au 21ème siècle.

Quelles sont les victoires de Conservation International en Nouvelle-Calédonie ?

De tous les territoires d’Outre-Mer, la Nouvelle-Calédonie est celui qui a le plus fort taux de biodiversité et compte de nombreuses espèces endémiques, c’est-à-dire uniques au monde et originaires de l’île. Par exemple, 75% des plantes sont propres à la Nouvelle-Calédonie, qui compte également un tiers des coraux les plus préservés du monde. C’est aussi un lieu clé de ponte des tortues vertes du Pacifique et un important lieu de vie des dugongs (dits lamantins aux Antilles). C’est donc un territoire à la fois très riche, mais qui est très fragile. Ici, l’environnement subit de nombreuses pressions liées à des risques naturels tels que les feux de forêt et les espèces envahissantes, mais aussi aux activités humaines comme le défrichage et la pollution des sols et du lagon.

Depuis 6 ans à la direction du bureau de Nouvelle-Calédonie, je suis heureux de pouvoir dire que Conservation International a largement contribué à la gestion de la gouvernance de sites de préservation en participant activement à la création d’aires protégées comme celle de la mer de Corail en avril 2014, qui est la plus grande aire marine protégée du monde ! Nous sommes aussi considérés comme un acteur de confiance pour apporter conseils et recommandations sur les plans d’aménagement du territoire et de gestion des ressources naturelles en lien avec les élus, le secteur privé et les communautés locales. Enfin, nous appuyons fortement la recherche scientifique par une stratégie de « science pour l’action ».

Es-tu optimiste dans le domaine de la protection de l’environnement dans les Outre-mer ?

Dans les Outre-mer et notamment dans le Pacifique, on doit réaliser qu’on bénéficie d’une grande qualité de vie grâce aux richesses naturelles. Le monde entier dépend de notre région ; 60% du thon pêché dans le monde provient du Pacifique, un véritable « or bleu » des mers du sud. Nous sommes aussi riches de notre culture et de nos traditions. Pour moi, il faut absolument mettre en valeur notre capital naturel et culturel, qui vont de pair.

Néanmoins, en environnement et développement durable, on n’a jamais fini. Bien que la conscience collective environnementale évolue de plus en plus, on trouve en parallèle une accélération de la consommation superficielle et du dogme économique de la croissance infinie. Par exemple, le parc naturel de la mer de Corail qui a vu le jour en 2014 avec le soutien de Conservation International est menacé par les discussions actuelles concernant l’extraction de ressources minérales en eaux profondes. Il y a des risques en permanence.

A Conservation International, notre travail est de convaincre que la nouvelle économie bleue et verte s’appuie sur autre chose que sur l’extraction des ressources naturelles non renouvelables. Le but est de montrer que la nature n’a pas besoin de l’Homme, mais que l’Homme sans la nature ne survivra pas. Je ne suis donc ni optimiste ni pessimiste mais insiste sur le fait qu’on doit agir collectivement et ne jamais relâcher nos efforts.

Quel conseil donnerais-tu à des jeunes qui souhaitent s’engager et entreprendre dans l’environnement ?

Pour protéger l’environnement, on a besoin d’ingénieurs, d’économistes de l’environnement, de juristes, de professeurs, de chercheurs, bref un large éventail de professions pas uniquement scientifiques.

Mon conseil pour ceux qui n’ont pas fait leur choix ou trouvé leur voie, il est temps de vous bouger ! Faites du volontariat à l’étranger sous toutes ses formes pour aller voir du pays et vous créer une ou deux années d’expérience professionnelle. Quand on est jeune et ambitieux il faut être actif et proactif dans ses choix et surtout ne pas rester à rien faire. Quoi que vous fassiez, un volontariat, un job à l’étranger, monter un projet d’entrepreneuriat ou même faire le tour du monde, ces expériences sont à valoriser absolument sur le marché du travail, vous vous démarquerez ainsi des autres en montrant votre motivation.

Et puis, cultivez votre réseau ! Que ce soit celui de votre école ou université, associatif ou sportif, les rencontres sont une occasion d’échanger avec des professionnels expérimentés, des jeunes diplômés, stagiaires et étudiants. Je suis toujours partant pour aller présenter l’école que j’ai faite en métropole, l’ISTOM, aux lycéens et étudiants en première année de fac en Nouvelle-Calédonie et à Tahiti pour répondre à leurs questions et les aider dans leur choix pour s’engager professionnellement dans le domaine de l’environnement.

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Margot MESNARD

Margot MESNARD

Amoureuse des Outres-Mers, globe-trotteuse et ambassadrice JOM en Nouvelle-Calédonie, je suis diplômée du Programme France-Caraïbes de Sciences Po Bordeaux en Coopération Internationale. Avec la fibre écolo, je suis persuadée que c'est la jeunesse qui fait et fera bouger les choses !

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