[INTERVIEW] Prisca CHASSAIN, fondatrice de la marque de prêt-à-porter Prisca FWI : “On commence petit, on finit grand.”

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[INTERVIEW] Prisca CHASSAIN, fondatrice de la marque de prêt-à-porter Prisca FWI : “On commence petit, on finit grand.”

Vous cherchez l’originalité pour vos vêtements de cet été ? Nous avons trouvé la solution idéale pour vous ! Cette semaine, nous partons à la découverte de Prisca FWI qui nous présentera sa marque. Une autre façon de valoriser notre culture caribéenne à travers notre jeunesse.

Raconte-nous ton parcours.

Je m’appelle Prisca CHASSAIN.  Je suis née en région parisienne et originaire de la Martinique par mes deux parents. Mon parcours scolaire a toujours été tourné vers le commerce et le management. J’ai obtenu un DUT Techniques de commercialisation en 2015 et un bachelor commerce international en 2016. J’ai arrêté mes études pendant un an et je viens d’obtenir un Master management de projets et entrepreneuriat. Je travaille en parallèle dans ma propre entreprise depuis Février 2018. J’envisage de faire une formation complémentaire en stylisme.

En 2017, après 3 ans d’études post bac, je n’étais plus sûre de mon orientation. En pleine remise en question, j’ai décidé de m’arrêter un an afin de découvrir le monde du travail.  Entre jobs d’intérim et voyages, j’ai beaucoup observé et un détail m’a alors frappé : le manque de l’influence antillaise dans la vie quotidienne. On parle souvent de musique, de rhum, de gastronomie et des superbes paysages mais nos îles regorgent de tellement plus.

Dans la mode on retrouve des inspirations ou des influences du monde entier : l’Afrique en particulier, l’Asie, l’Amérique du Nord… Mais pas des Antilles. Dans ma tête a donc alors résonné : “Et pourquoi pas les Antilles, la Guyane et Haïti? Et si c’était notre tour?”.

Je me souviens avoir pensée à l’époque : « Si demain j’ai envie de porter une belle pièce madras pour aller au restaurant ou au cinéma, je ne peux pas. Et si c’est impossible pour moi, ça l’est pour beaucoup d’entre nous». C’est de là que tout est parti. Madras, tenue traditionnelle, “maré tet”… tout s’est alors mélangé dans ma tête. J’ai étudié, j’ai observé. J’en ai fait un second constat, encore plus important. Même dans les quelques îles de la Caraïbe où le madras est un véritable symbole, il est utilisé dans des objets décoratifs, apprécié dans des moments de fêtes : mariage, baptême. Mais le pire selon moi, c’est son utilisation comme déguisement.

En dehors des cours – et avant ça, en dehors de l’entreprise – j’ai toujours aimé la mode, les tendances. En parallèle j’adore mon île et la Caraïbe d’une manière plus générale. Alors j’ai trouvé la combinaison parfaite en alliant les deux et en créant une marque de prêt-à-porter et d’accessoires à inspiration antillaise.

Présente-nous ta marque.

Le nom de ma marque est Prisca, avec la signature French West Indies Original. Son véritable but est de faire (re)découvrir le madras, de lui redonner toute sa valeur, d’accentuer encore sa beauté et de valoriser la culture antillaise aux yeux de tous et à n’importe quel moment.  Comme dit Elodie, présidente de Lil’Kréyol : “madras un jour, madras tous les jours !”.

On part sur des pièces funs, tendances, urbaines sur lesquelles on ajoute ou on construit  avec du madras  plus moderne, aux couleurs plus actuelles et osées comme du fushia. En résumé,  j’essaye de casser le mythe de la tenue traditionnelle du carnaval et tout recommencer.

Pour réaliser tout cela, j’ai créé mon entreprise en début d’année. Officiellement je suis seule mais je reçois énormément de soutien de ma famille et de mes amis, alors pour moi c’est comme s’ils en faisaient partie. Je suis à l’origine de tous les modèles. Pour les aspects bien techniques de la réalisation, je fais appel à des prestataires externes. Je me charge de tout le reste comptabilité, communication, marketing, logistique.

Je fais également partie d’une association d’étudiant.e.s entrepreneur.e.s dans mon université, le « Hubhouse » qui m’a beaucoup aidée au démarrage. Tout cela forme “L’Equipe”.

Comment as tu fait pour créer ton entreprise toute seule? Comment arrives-tu à gérer l’administratif,  l’organisationnel et le financier?

Créer une entreprise seule est loin d’être facile, c’est vrai. Il faut être motivée, passionnée et bien entourée pour s’accrocher. Cela demande beaucoup de temps, de patience et de bienveillance envers soi-même. Il y a aussi des grands moments de remise en question, des moments où l’on ne veut plus jamais entendre parler de ce projet. Cela m’est arrivé deux fois et il faut se souvenir de la première raison qui nous a poussé à nous lancer dedans et surtout prendre du recul.

Poursuivre mes études tout en créant mon entreprise m’a en réalité beaucoup aidé. Alors certes, travailler sur une présentation orale lorsqu’on a un contrat à passer avec un fournisseur ou des mails à envoyer peut être assez déconcertant. Cela m’a permis d’avoir accès à une montagne d’informations et de conseils. Car être étudiante c’est être entourée de tout un réseau de professionnels, de chercheurs universitaires et d’experts métiers qui n’hésitent pas à aider au besoin.

De plus, je suis sous le statut d’étudiant entrepreneur ce qui m’a permis de substituer l’alternance obligatoire dans ma formation par la création mon entreprise. Chose qui me permet d’avoir des journées de libres dans la semaine pour me consacrer à mon projet. Je fais également partie d’une association de jeunes entrepreneurs au sein de mon Université, “le hubhouse” à travers laquelle j’ai également la chance d’avoir accès à des professionnels, des structures d’accompagnement et le soutien d’autres étudiants qui entreprennent comme moi.

Je crois que pour monter une entreprise, il faut l’avoir déjà fait dans sa tête. Cela peut paraître un peu bizarre, mais créer juridiquement une structure à son nom c’est se confronter à la réalité et mettre sur papier ce qui existe déjà dans ses pensées. Cela m’a pris un an pour faire mûrir correctement mon idée et établir un début de business plan. Je savais ce que je voulais faire, simplement je ne savais pas “comment”.

J’ai également pris autant d’informations et de conseils possibles des personnes expertes dans leur métier et des personnes qui ont vécu ou vivent la même expérience que moi. C’est très important de s’entourer. Le réseau fait une grosse partie du travail.

 

Comment as-tu réussi à trouver des prestataires externes?

Pour trouver mes prestataires, j’ai fait appel à mon entourage et à internet. Le secteur du textile est un milieu très fermé. Encore une fois, la patience est requise surtout lorsqu’on ne vient pas de ce milieu comme moi. Je me balade également beaucoup sur les réseaux sociaux. Une chose en apporte une autre. J’observe tout ce qui peut s’approcher de près ou de loin à mon métier.

Au niveau financement comment t’organises-tu?

Pour pouvoir financer mon projet j’ai économisé pendant plusieurs mois, contracté un prêt bancaire et bénéficié de la générosité de ma famille. J’ai décidé de faire ça toute seule mais il existe une multitude d’organismes qui aident les entrepreneurs. L’important c’est de tout anticiper : plan de financement, compte de résultat et BFR sont à manier du bout des doigts. Grâce à ma formation et mes professeurs, j’ai pu présenter mes prévisions financières sur 3 ans à ma banquière sans trop de difficultés.

Quelle est ton ambition?

Depuis le début de l’élaboration de cette marque, ma phrase préférée est : “On commence petit, on finit grand.”. C’est valable à l’échelle de la marque, mais à l’échelle de tous les autres projets que j’aimerais construire. Au niveau de la marque, la première collection est dite capsule. C’est à dire qu’il y a peu de modèles et peu de stock. Petit à petit, avec l’équipe, je souhaite proposer plus de choix dans de plus grandes quantités. Je souhaite également proposer mes produits dans les autres îles de la Caraïbe et au Canada. Et enfin ouvrir une boutique.

Je disais ci dessus que l’objectif de la marque était de valoriser la culture antillaise. En réalité j’en ai fait mon propre objectif personnel : valoriser la Caraïbe et la Guyane. La mode est ma première approche, la plus accessible à mon âge. J’ai en tête des projets beaucoup plus lourds en termes d’impact et d’investissement que j’espère pouvoir réaliser d’ici quelques années.

Lorsque j’ai pris la décision de me lancer dans ce projet, j’avais très peu de connaissance de la couture, du modélisme ou du dessin. J’ai toujours aimé la mode, mais je n’avais aucun bagage dans le secteur. J’ai reçu certains avis négatifs me poussant à abandonner sous prétexte que je n’avais pas d’expérience ou que j’étais trop jeune. Mais je crois qu’il faut parfois s’écouter soi, avant d’écouter les autres. Je suis au tout début de mon aventure, j’ai déjà fait pleins d’erreurs et le plus gros reste à venir. Je prends des risques et je vous invite à le faire. Ça les vaut largement. Mais c’est tellement gratifiant de faire ce que l’on aime, que j’encourage tout le monde à le faire.

La jeunesse d’outre mer, c’est à vous notre tour!

 

IG : priscafwi

FB : priscafwi

@ : contact@priscafwi.fr

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Céline Clairicia

Céline Clairicia

Amoureuse de mon île, mon rêve est de contribuer au développement de la Martinique. Attirée par le secteur touristique, j'aspire à travailler dans ce domaine. J'ai rejoint le pôle rédaction de Jeunesse Outre-Mer afin de partager la passion que j'ai pour mon petit coin de paradis en mettant en avant des projets, des personnes, des innovations... qui tendent à son évolution. Mon but premier est de montrer que la Martinique n'est pas qu'un paysage merveilleux de carte postale mais beaucoup plus !

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