[INTERVIEW] Olivier SERVA, porte-drapeau du projet de groupe parlementaire Outre-Mer, n’a pas dit son dernier mot.

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26 juin 2017
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[INTERVIEW] Olivier SERVA, porte-drapeau du projet de groupe parlementaire Outre-Mer, n’a pas dit son dernier mot.

Souvent évoqué durant la campagne législative, c’est avec regret que nous avons appris que le groupe parlementaire ultra-marin ne sera pas créé. Ce projet ambitieux voué à donner un réel poids aux élus ultramarins dans l’hémicycle du Palais Bourbon, n’aboutira finalement pas pour cette législature, faute d’un nombre suffisant de membres. Les intérêts partisans l’auraient-ils emporté sur l’identité ultramarine ? Nous sommes allés à la rencontre de l’instigateur de ce projet, Olivier SERVA, député de la première circonscription de Guadeloupe, qui a accepté de nous recevoir entre deux séances parlementaires.

Expert-comptable et Professeur agrégé en comptabilité-gestion, qu’est-ce qui vous a poussé à vous porter candidat à la députation ?

Je dois vous faire une confidence. Le mandat de député est un mandat qui m’a toujours attiré. Je trouve que c’est l’un des plus beaux mandats électoraux. Le député travaille sur les lois qui organisent et régissent notre société et ce faisant, il touche chaque citoyen dans son quotidien.

 

Voilà déjà de quoi répondre à la question que l’on se pose encore trop souvent : À quoi sert un député. Cette question gagne une intensité particulière lorsque l’on parle de député ultramarin. D’ailleurs, dans le territoire où je vis, dans la circonscription où j’ai été élu, cette fonction a été souvent occupée par des maires. Alors, elle ne prenait pas sa pleine mesure Outre-Mer. Avec la loi sur le non-cumul de mandat, le rôle du député va enfin pouvoir être identifié pleinement. Cette redéfinition du rôle de l’élu a d’ailleurs constitué l’une des motivations de ma candidature. Je veux être utile à mon territoire, ma circonscription, mon pays en faisant en sorte que des lois soient promulguées, notamment des lois pour réformer réellement la France. Singulièrement sur mon territoire, la Guadeloupe, je souhaite pouvoir montrer que l’on peut servir à quelque chose en tant que député ultramarin, ce qui n’apparait pas de façon évidente aux yeux des électeurs. Cela explique notamment l’abstention record de 65% à 70%  au premier tour de ces élections.

Comment avez-vous vécu vos premiers pas au Palais Bourbon ?

C’est un endroit solennel, impressionnant. Nous avons rencontré des fonctionnaires très accueillants et dévoués qui nous ont mis à l’aise. J’ai la chance d’être accompagné par un collaborateur parlementaire, Raphaël LAPIN, qui connait l’endroit et par une chargée de communication, Keyza NUBRET GRAND-BONHEUR, qui connait Paris et peut dénouer un certain nombre de situations. Nous sommes plus de 300 députés dans le groupe La République en Marche. Il y a une ambiance  chaleureuse. L’assemblée  est plus jeune et plus féminisée.

Pourquoi avoir voulu créer un groupe parlementaire ultramarin à l’Assemblée Nationale ?

Cela représente un vrai pouvoir politique à l’Assemblée Nationale. Les présidents de groupe ont une place de droit au sein de la conférence des présidents. Les groupes parlementaires organisent les prises de parole dans l’hémicycle.  De plus, les groupes bénéficient de moyens humains, financiers, matériels. Nous aurions pu participer à la conférence des présidents.

Malheureusement cela n’a pas été possible mais je tiens à signaler, non sans fierté, que les 4 députés guadeloupéens, Mesdames BÉNIN, VAINQUEUR-CHRISTOPHE, Monsieur MATHIASIN et moi-même, nous étions à l’unisson sur ce projet. La Guadeloupe sait se rassembler sur des problématiques  fondamentales et j’en suis heureux. Or, on ne peut pas faire un groupe seuls. Les Corses, ultramarins en quelque sorte, étaient d’accord. On remettra l’ouvrage sur le métier.

L’échiquier politique ultramarin témoigne d’une spécificité : des personnalités politiques  fortes placées au-dessus d’un appareil partisan national. Assiste-t-on, selon-vous, à une montée en puissance des considérations partisanes ? Cela  pourrait-il expliquer l’abandon de ce projet de groupe transpartisan ?

Tous les députés ultramarins trouvaient l’idée intéressante. Pourtant, la logique de groupes partisans a primée sur la logique ultramarine. La crainte de l’isolement explique également cela. Il faut le respecter.

En tout état de cause, nous utiliserons la délégation Outre-Mer. Cet outil a été créé en 2012 et institutionnalisé plus clairement par la loi égalité-réelle Outre-Mer. A l’instar de la délégation des droits des femmes, il faudra que l’on sollicite des moyens humains, financiers, logistiques pour que l’on puisse faire entendre la voix de l’Outre-Mer. A chaque projet ou proposition de loi, il faudra mener ex-ante une analyse sur l’adaptabilité de cette loi pour les Outre-Mer. Aujourd’hui, on fait une loi et on se demande ensuite, ce qu’il faut adapter pour l’Outre-Mer. Avec cette délégation, on devra être présent pour l’élaboration de chacune des lois. Enfin, on veut sensibiliser par ce biais là les hexagonaux. Cette commission n’est pas composée uniquement d’ultramarins.  Des collègues de Gironde, Bagnères-de-Birgorre  sont d’ores et déjà intéressés à y participer. Ils voient en l’Outre-Mer un champ d’investigation même hexagonal. Mes premiers pas sont ceux-ci. Nous avons cinq ans pour travailler au service de la Guadeloupe et plus largement des outre-mer.

Ces élections législatives auront été marquées par un fort taux d’abstention tant au niveau local que national. Ne pensez-vous pas que le nombre record de 82 candidatures à la députation en Guadeloupe a alimenté ce taux d’abstention ?

Je crois qu’il y a plusieurs raisons à cela. Il y a eu une succession d’élections depuis 2015 : départementales, régionales, primaires partisanes, présidentielles. Nous avons beaucoup de candidats. C’est un signe de vitalité démocratique, puisqu’en dépit de l’importante abstention, on s’intéresse à la politique . Ensuite, je vous le disais en préambule, je ne suis pas certain que l’électeur guadeloupéen se dise que son député est utile pour lui. Avant on était député-maire. Or, dans ce cas de figure on est plus maire que député. Celui que j’ai remplacé était d’ailleurs l’un des députés les plus absents de la nation. La fonction de maire est prenante. La fonction de député l’est toute autant ! Et quand on ne remplit pas ses obligations à la députation, ce sont les électeurs qui en pâtissent. Certains se disent que cette fonction ne sert à rien, d’autres perdent confiance en leurs élus. A mon avis ce sont ces raisons qui ont fait que l’abstention était si forte.

Quelles sont vos thématiques de prédilection ?

L’Outre-Mer sous toutes ses facettes. Notamment, une problématique sur le chlordécone en Guadeloupe. On nous indique une dépollution des terres dans trois-cent ans car la molécule incriminée a une durée de rémanence de trois-cent ans. C’est inacceptable. On doit réfléchir à  comment dépolluer nos terres.  Ce sont des hommes et des femmes  qui ont été empoisonnés. Le Professeur Pascal Blanchet, chef du service urologie au Centre Hospitalier Universitaire de Pointe-à-Pitre/ Abymes, me signalait qu’il y a des taux de cancers de la prostate, du sein, de l’utérus, de l’estomac, extraordinairement élevés en Guadeloupe.

Et puis nous devrions réfléchir collectivement sur un thème qui est malheureusement connoté : il s’agit  de la discrimination positive. Je constate que cela a fonctionné aux Etats-Unis où les minorités sont représentées partout.  Je réfléchis d’ores et déjà à comment aborder cette question.

Comme pour chaque élection, la campagne électorale n’a pas manqué de folklore en Guadeloupe, comme ailleurs en Outre-Mer. Reprise de tubes pour certains, organisation de rallyes pour d’autres, simulation d’une compagnie aérienne pour vous… est-ce donc cela qui fait la beauté et la particularité de nos chaleureuses campagnes électorales?

Nous avons fait une magnifique campagne électorale. Elle a été extraordinaire. Nous avons développé le concept de fourmis rouges. Ces fourmis qui mordent fort, transportent sur leur dos 10 fois leur poids. L’idée était que chaque militant, fourmi rouge,  allait sur le terrain pour ramener des électeurs. On a eu les Jeunes s’engagent. Ils m’ont soumis une Charte que j’ai signée et que je m’engage à respecter.

Il y avait aussi les conférences. Ce sont souvent des personnes convaincues qui viennent. Je me souviens d’un moment mémorable au Raizet où notre sonorisation et celle de l’adversaire principal créaient  une véritable cacophonie, les deux conférences étant simultanées. Concernant, la Serva Air, c’est une membre du conseil municipal passé qui a réalisé ce show. J’ai eu beaucoup de vues sur Facebook ! (rires)

Quel lien comptez-vous entretenir avec les associations ultramarines ?

Je souhaite être un catalyseur, indiquer ce à quoi elles ont droit. Si elles ont des demandes à formuler aux ministères, je peux être une courroie de transmission. Étant ultramarin, je vais aider en priorité les associations ultramarines. D’ailleurs, je tiens à le souligner, tous mes collaborateurs parlementaires sont ultramarins. On a des compétences chez nous, on doit les valoriser !

Comment percevez-vous le rapport des  jeunes ultramarins à la politique ?

Très circonspect. 75% des guadeloupéens ne croient plus en leurs politiques. Pour convaincre, il faut des résultats, être exemplaire, démontrer une volonté d’agir. Il faut que l’on essaie de redorer le blason de la politique avec des résultats pragmatiques. Il faut du travail, de la constance pour redonner confiance à la jeunesse.

Un message pour la jeunesse ultramarine ?

Il y a deux types de jeunesse ultramarine. Une jeunesse ultramarine qui a la chance de faire des études supérieures, d’être éduquée. Elle a de très bonnes perspectives. Cette frange de la jeunesse ultramarine doit pouvoir retourner au pays. Nous réfléchissons à une proposition de loi, avec le soutien du président de la République, qui élargirait les compétences de  LADOM pour  permettre aux jeunes ultramarins, partis étudier dans  l’Hexagone, de retrouver chez eux des emplois de haut niveau.

Il y a une deuxième  jeunesse sous-diplômée, bloquée sur son territoire et atteinte par le chômage. Je  lui dirais de tenir bon. On va tenter de trouver des solutions pour elle. A titre d’exemple, la mise en place de contrats aidés sur le modèle allemand. La Guadeloupe est vieillissante parce que cette jeunesse ne fait plus assez d’enfants, manquant de confiance en l’avenir. Il faut redonner confiance à cette jeunesse.  Je ferai tout à mon humble niveau pour lui donner le maximum de perspectives. Il s’agira d’une réussite collective.

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Lovely BERGENA

Lovely BERGENA

Aspirant à faire du droit des Outre-Mer la figure de proue de mon parcours de juriste, j'ai trouvé en la Rédac' un bel espace d'expression. Dès mon plus jeune âge, j'ai eu un goût prononcé pour l'écriture. Dynamique, débordante d'énergie et de vitamines, ma curiosité m'amène à ne pas me restreindre au droit. Ma philosophie ? Poté mannèv ! (Action !)

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