[INTERVIEW] Ménélik Arnell : « A ce moment précis ma famille et moi savions que la situation était devenue critique. »

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[INTERVIEW] Ménélik Arnell : « A ce moment précis ma famille et moi savions que la situation était devenue critique. »

L’ouragan Irma est le plus puissant enregistré dans l’Atlantique nord, par la vitesse de ses vents soutenus (295 km/h), depuis Allen en 1980. Saint-Barthélemy et Saint-Martin — qui se trouvaient sur la trajectoire directe de l’œil du cyclone et avaient été placées en alerte maximale, ont connu un chaos total sous des vents à 300 km/h pendant plusieurs heures. Durant la semaine suivante, les médias ont véhiculé une vision biaisée, et peu représentative de la situation. Aujourd’hui JOM la Redac vous offre un témoignage fidèle d’un sinistré d’IRMA du village de Quartier d’Orléans, une des zones les plus sévèrement touchées : interview brute et émouvante.

 

Bonjour Ménélik, la rédac aurait aimé t’interviewer en d’autres circonstances mais peux tu tout d’abord te présenter à nos lecteurs?

Bonjour a tous. Je suis Menelik Arnell, j’ai 26 ans, et je suis enseignant en école primaire et entrepreneur.

 

Avais-tu déjà connu ou vécu des événements similaires dans le passé?

J’ai effectivement connu Luis en 1995, mais étant assez jeune mes souvenirs en sont restés assez vagues. Bizarrement ce dont je me souviens ce sont les moments de plaisir. Nous nous étions retrouvés en famille, pour la soirée, à jouer entre cousins. Je crois que nos parents nous avaient vraiment bien protégés psychologiquement à l’époque. Par contre pour le cyclone Irma, je revis les événements en position d’adulte. Avec les lourdes répercussions que cela entraîne puisque ma famille et moi avons passé une soirée catastrophique lors du passage du phénomène.

 

Justement peux-tu nous raconter ta nuit du 5 au 6 Septembre à Saint-Martin?

La semaine précédente déjà, la rentrée scolaire avait été complètement chamboulée à l’annonce de l’alerte cyclonique. La panique nous a gagné la veille du cyclone, à l’annonce de son passage en catégorie 5, suivi directement du passage en confinement violet. Beaucoup de personnes de mon quartier n’étaient que trop peu préparées. J’ai donc essayé d’aider comme je pouvais à la dernière minute, en aidant à clouer des planches sur les portes et les fenêtres. Vers 2h du matin les premières grosses manifestations se sont fait entendre. Les rafales de vents, mélangées au bruit des premiers toits qui partaient faisaient un bruit indescriptible, un bruit d’enfer, rien que d’en parler j’en ai encore des frissons. Chez nous vers 3h30 nous avons constaté que les fixation sur la toiture tenaient correctement, mais que nos renforcements aux portes et fenêtres avaient plus de difficultés à résister à la différence de pression. La seule solution était de les tenir à la main en espérant qu’il n’y ait pas de trop de casse.

Malheureusement vers 4h du matin, au plus fort du phénomène (Ndlr : avec la pression maximale enregistrée pour IRMA, il s’exerçait une forte pression sur les portes) les portes ont lâchées créant une explosion dont je me souviendrai toute ma vie. A ce moment précis ma famille et moi savions que la situation était devenue critique. Nous nous sommes barricadé dans une pièce bétonnée dans l’attente et l’angoisse, accompagné par les bruits apocalyptiques de tôles froissés et de projectiles lourds se fracassant autour de nous.

Comment as-tu vécu les 72 heures suivant le phénomène?

Ce qui m’a directement frappé, c’est un sentiment de solitude. J’ai eu la sensation au début en tout cas que la Collectivité n’avait plus au contrôle de l’île car il n’y avait aucune présence militaire, policière ou sanitaire. Bien évidemment certains ont profité de la situation de chaos et nous avons dû vivre deux jours de pillages sans intervention particulière des forces de l’ordre. Aussi lors d’un vif échange avec la Gendarmerie, ils ont avoué être eux-mêmes sinistrés, sans ressources et incapables d’intervenir sans renforts. J’étais en colère d’entendre cela mais avec le recul je comprends aussi leur impuissance. J’ai d’ailleurs une pensée pour tous les professionnels de Quartier d’Orléans qui ont perdu leur stock, et ont souffert de dommages après le cyclone dû à l’indiscipline de certains.

Nous t’avons vu devenir très rapidement l’équivalent d’un chef de secteur dans la zone de Quartier d’Orléans. Explique-nous pourquoi et comment cela est arrivé?

Franchement, j’avais une obligation morale vis-à-vis de ma communauté. Dans les situations chaotiques le sentiment d’inutilité est la pire chose qui puisse arriver. Très rapidement l’organisation avec les voisins s’est mise en marche avant de laisser place à une logistique humanitaire généralisée sur la zone. Les anciens du quartier s’étaient mobilisés pour gérer le nettoyage, aider les personnes vulnérables et arrêter le pillage des commerces. La station service de Grégory Bryan alias “Polo” nous a servi de point de chute pour stocker des vivres, de l’eau et du carburant pour faire la distribution à la population. Très rapidement cela a permis à tout le monde de se sentir mieux et plus en sécurité. D’ailleurs sauf erreur de ma part je crois que Quartier d’Orléans a été la première zone à retrouver un cours de vie normal.

Quelle a été la situation la plus difficile à vivre? Et la plus belle?

Le plus difficile sincèrement c’était d’être coupé du monde sans aucun moyen de joindre ma famille et mes amis restés dans l’Hexagone. A l’opposé voir son quartier travailler ensemble pour maintenir la sécurité, la distribution alimentaire et gérer les premiers secours c’est un sentiment indescriptible mêlant joie et fierté!

Quel message veux-tu faire passer aux Saint-Martinois de l’Hexagone?

La communauté de Saint-Martin est une belle communauté, qui a su et qui prouve encore sa capacité à se rassembler dans les situations catastrophiques. La nouveauté a été de constater la belle solidarité que les Associations Saint-Martinoises ont pu mettre en place entre l’Hexagone, les Outre-Mer et Saint-Martin : Chapeau bas! J’en profite aussi pour remercier ceux qui ont changé notre quotidien SOS Attitude avec Orianna, la Sécurité Civile Capitaine Leroy et Lieutenant Lea, la Légion Étrangère, le SDIS Antilles Guyane, les commerçants, Gregory Bryan alias Polo, Gaelle et Jeanine Arnell et tout ceux que j’ai pu oublier.

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Gérome
Hello this is Gerome ! Pilote Commercial Diplômé et Porteur de projet dans l’aéronautique, je suis un jeune Saint-Martinois a la découverte du monde ! Rédacteur de la rubrique Aero’Jom je prendrai plaisir à vous faire prendre de l’altitude tout en douceur ! Spontané et ouvert n’hésitez pas à me contacter pour toutes vos questions sur les avions, l’aéronautique en général et Saint-Martin. Mon moto ? La vie est courte ne la passez pas à vivre celle d’un autre !

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