[INTERVIEW] Lionel HUBERVIC, la remise en question d’un parcours réussi

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[INTERVIEW] Lionel HUBERVIC, la remise en question d’un parcours réussi

Réussir sa scolarité,poursuivre ses études, trouver un emploi tout de suite après son diplôme, choisir entre ce qu’on aime, le salaire, le lieu de notre travail, être tout de suite en CDI, partir à l’étranger… tant de questions que l’on se pose pour réussir au mieux notre avenir. Mais qu’entendons nous par « réussir »? Nous avons alors rencontré un jeune martiniquais qui nous a exposé son regard sur cette question. A 28 ans, alors qu’il est en CDI, Lionel HUBERVIC décide de démissionner pour accomplir ses véritables souhaits. Dans cette interview retraçant les plus grandes étapes de sa carrière, il nous explique la conception qu’il a de la réussite professionnelle.

Raconte-nous ton parcours.

Suite à l’obtention d’un bac S option Physique Chimie, j’ai intégré les classes préparatoires aux grandes écoles d’ingénieurs (CPGE) du Lycée Bellevue en Martinique. Ce fut deux ans durant lesquels j’ai « flirté » sans cesse avec mes limites et découvert une endurance face au travail que je ne soupçonnais pas. 2009 et concours en poche, mon épopée des 3 prochaines années me dirige tout droit à l’ECAM (Ecole Catholique des Arts et Métiers) de Rennes. 3 ans plus tard, me voilà diplômé Ingénieur en génie industriel. « Waouw, bac+5 et le monde m’appartient ! »

Pas tout à fait… Afin d’augmenter mon employabilité sur le marché – et oui même avec un bac+5 c’est possible – , j’ai décidé de suivre un Mastère spécialisé d’un an en alternance en Lean management et conduite du changement. J’ai donc effectué cette alternance au sein du groupe Volvo à Lyon en tant que chef de projet d’amélioration de la performance. Merveilleuse expérience qui m’a permis de décrocher en 2013 mon premier contrat dans une société du secteur aéronautique à Montpellier. J’ai été embauché pour améliorer la performance opérationnelle de l’entreprise et gérer un atelier de 30 personnes réalisant des harnais électriques pour des satellites de télécommunication. Tout se passait pour le mieux, et pourtant….

Quel était ton but en partant dans l’Hexagone ? L’as-tu atteint?

Je n’avais pas de réel but en partant en Métropole si ce n’est que de décrocher mon diplôme d’ingénieur. Dans un premier temps, je dirais que OUI j’ai atteint cet objectif, il y a 5 ans. Cependant, avec les années et l’expérience, de nouveaux objectifs font surface et ceux-ci mettent un peu plus de temps à se réaliser.

Pourquoi la France et pas un autre pays?

En ce qui me concerne, je n’avais pas trop le choix dans la mesure où les concours que je passais donnaient accès uniquement à des écoles françaises. Mais avec le recul, si le choix m’était proposé, j’opterais sans doute pour le Canada.

Pourquoi une démission aujourd’hui?

[Sourire] Très bonne question. Dans la vie, et plus particulièrement chez les ultramarins, nous agissons non pas pour satisfaire nos propres désirs mais plutôt pour parfaire l’image que nous renvoyons à la société. Malheureusement, cela a été mon cas durant des années jusqu’au jour où mon entourage était plus fier de ce que j’avais accompli que moi-même.

Dans l’inconscient collectif, « bac+5 = CDI = réussite ». Or, pour moi, la réussite se définit plutôt en l’atteinte des objectifs que nous nous fixons au quotidien. Alors ai-je réussi ? Certains diront OUI bien sûr mais moi je dis NON pas encore. C’est pour cela que j’ai pris la décision de quitter mon emploi actuel, mon petit confort quotidien pour me recentrer sur moi et enfin faire ce que je désire.

Parle-nous de tes objectifs à court et à long terme.

Un de mes objectifs principal est de devenir associé ou créer en nom propre une société de conseil en conduite du changement et performance opérationnelle pour les PME et TPE. C’est peu glamour, je vous l’accorde. Pourtant, c’est une compétence indispensable à avoir dans le contexte socio-économique dans lequel évoluent les entreprises d’aujourd’hui. Toute entreprise créant de la valeur (production, administratif, tertiaire, informatique …) poursuit un même et unique objectif à savoir maximiser sa rentabilité tout en préservant ses collaborateurs (compétences, bien-être, etc.).

Malheureusement, ces deux objectifs sont très souvent antinomiques car sous la pression de certains actionnaires ou dirigeants, la chasse aux « chiffres » a tendance à nuire au développement des collaborateurs. Grace à des méthodes approuvées et un travail de proximité à la fois avec les dirigeants mais surtout avec les employés, je souhaite contribuer activement à l’augmentation de la compétitivité des entreprises de la Caraïbe.

« En quête de liberté et d’accomplissement ». 

Outre les aspects techniques, je recherche avant tout une certaine liberté que ne propose pas le statut de salarié (CDI, CDD etc). Toutefois, et afin de minimiser les risques immédiats, j’entreprends dès le mois prochain d’intégrer un cabinet de conseil en stratégie et organisation avec un business model proche de entrepreneuriat.

 

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui travaillent dans un domaine différent de leurs études ou encore qui s’orientent vers une voie qui ne nécessitait pas tant de formation. Certains ont du mal à trouver leur place dans la société. Comment penses-tu que l’on pourrait améliorer le système éducatif afin de mieux orienter ces jeunes?

J’ai pu constater à plusieurs reprises que l’enseignement fourni sur les bancs de l’école était en décalage avec les réels besoins du marché. C’est le cas par exemple d’un logiciel informatique appris en cours qui ne sera jamais utilisé en entreprise une fois diplômé. Alors comment être sûr de ce que l’on veut si l’on ne sait pas à quoi s’attendre ?!

« L’offre et la demande… Non Monsieur, il y a un programme à respecter »

La société et ses acteurs évoluent de plus en plus vite, il est donc important que l’éducation nationale prenne en compte plus sérieusement cette composante et enseigne à nos jeunes non pas les méthodes empiriques qui ont révolutionné le monde mais plutôt celles qui permettront d’améliorer notre avenir. Je rajouterais ensuite qu’il faudrait développer encore plus largement les formations en apprentissage qui apportent de la valeur à la fois à l’employeur mais surtout au jeune apprenti qui se fait sa propre idée du marché en toute sécurité.

« Quelles sont vos compétences ? J’aurai de très bonnes notes aux contrôles que vous me donnerez! »

Dans l’eau, un poisson sera toujours plus performant qu’un oiseau mais dans l’air, les rôles sont inversés. Une allusion simpliste qui souligne le fait que nous avons tous un potentiel qui ne demande qu’à être exploité. Cependant, nous devons tous suivre une unique méthode d’apprentissage avec des examens qui suivent les mêmes codes. Taylor a souvent été décrié pour ses méthodes d’organisation scientifique du travail (travail à la chaîne) mais l’éducation nationale fonctionne exactement de la même façon. Nous ingurgitons un maximum d’informations théoriques (production de masse) sans réellement réfléchir et savoir pourquoi nous le faisons (automatisation des taches).

Il serait intéressant de varier les méthodes d’apprentissage et de vérification – les fameux contrôles – afin de pouvoir s’assurer que l’ensemble des « compétences » soient exploitées efficacement. L’idée n’est pas d’avoir un cursus à la carte mais de disposer de méthodes d’apprentissage adaptées aux ambitions et centres d’intérêts de chaque apprenant.

« Il faut vous vendre… Veuillez m’excuser mais je suis ingénieur, pas vendeur ! « 

En 2015, 40 % des jeunes bac +5 sont sans emploi un an après leur diplôme. Comment vendre des compétences qu’on ne maîtrise pas à des entreprises qui n’en ont pas besoin dans un marché de surabondance. Vous avez 2h ! J’ai toujours pensé que les meilleures idées étaient celles qui se vendaient le mieux. On nous a appris à avoir de bonnes notes à des contrôles mais pas à se vendre une fois diplômé. Attention, je ne dis pas que les compétences ne sont pas importantes, bien au contraire mais elles ne serviront à quelque chose que si elles sont mises en pratique. Et pour cela il faut que quelqu’un veuille bien les payer.

C’est selon moi le plus gros problème de l’éducation nationale. Nos jeunes sont livrés à eux-mêmes sans connaître les « codes » du marché du travail ou plus précisément de la recherche d’emploi. C’est donc pour cela qu’en parallèle de mon travail, je mets à profit mes compétences de recruteur et ma connaissance du marché du travail en accompagnant des étudiants et des professionnels dans leur stratégie de recherche d’emploi.

« La vie est l’examen le plus difficile. Beaucoup échouent parce qu’ils essaient de copier les autres, sans réaliser que tout le monde n’a pas les mêmes questions » (Gandhi). Autrement dit, faites vos propres choix et osez réaliser vos rêves. Enfin, sachez que vous n’êtes pas seuls. D’autres, comme moi, sont passés par là et se feront un plaisir de vous accompagner et vous aider dans vos futurs projets. Et vous ? Pensez-vous répondre à vos propres questions ?

Vous pouvez retrouver Lionel HUBERVIC sur Linkedin !

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Céline Clairicia

Céline Clairicia

Amoureuse de mon île, mon rêve est de contribuer au développement de la Martinique. Attirée par le secteur touristique, j'aspire à travailler dans ce domaine. J'ai rejoint le pôle rédaction de Jeunesse Outre-Mer afin de partager la passion que j'ai pour mon petit coin de paradis en mettant en avant des projets, des personnes, des innovations... qui tendent à son évolution. Mon but premier est de montrer que la Martinique n'est pas qu'un paysage merveilleux de carte postale mais beaucoup plus !

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