[INTERVIEW] Fabrice Coulis, une expertise aiguisée en politiques publiques de la sécurité

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[INTERVIEW] Fabrice Coulis, une expertise aiguisée en politiques publiques de la sécurité

Depuis quelques années, certains instituts de sondages observent une recrudescence de la violence au sein de certains territoires d’Outre-Mer. A l’aune du déploiement de mesures de lutte contre le terrorisme, qu’en est- il de la délinquance qui elle, ne reste pas moindre ? Quelles en sont les causes et les moyens qui permettront d’y remédier sur le long terme ? Pour tenter d’obtenir des réponses nous avons rencontré Fabrice Coulis, expert en Politiques Publiques de Sécurité.

De sapeur-pompier à expert en politiques publiques

 

Fabrice Coulis, né au Robert (Martinique) a toujours cherché à apporter sa contribution à la société et notamment en commençant au sein de sa ville natale. Diplômé d’une licence en intervention sociale option médiation sociale obtenue à l’université Lille 2 droit et santé, puis d’un  Master 2 en Droit, Economie Gestion, Mention Droit Public, Spécialité Sécurité Intérieure de l’université de Nice Sophia Antipolis Faculté de Droit et de Sciences Politiques, cet expert des Politiques Publiques de Sécurité détient un parcours atypique. Depuis son jeune âge, il s’est toujours intéressé au monde associatif, ce qui était pour lui la base de son intégration sociale.

Après avoir été sapeur-pompier, entrepreneur avec la création de l’entreprise «D’cibel company», en 1999 il intègre le domaine de la médiation en tant qu’Agent Local de Médiation Sociale (ALMS), au sein de la Mairie du Robert, sous contrat emploi jeune, dans le cadre du Contrat Local de Sécurité (CLS). En 2003, il intègre une formation de Médiation Sociale, mise en place par le cabinet ALTHING CONSEIL & FORMATION. Son engagement dans la médiation sociale s’est consolidé à la suite de sa rencontre avec Pierre PERREZ, directeur de l’Association de Médiation Sociale (AMS de la ville MARSEILLE). Ce dernier l’a exhorté à reprendre ses études afin d’être plus compétent sur le marché du travail.

En 2008, de son initiative, est née l’Association de Prévention et de Médiation Sociale (A.P.M.S). En 2009, c’est la consécration pour ce médiateur social, et est organisé le premier forum sur la Médiation Sociale de proximité en Martinique. Actuellement Expert en Politiques Publiques, Fabrice COULIS a accepté de répondre à nos questions.

 

Quelles sont vos missions en tant qu’expert des politiques publiques de sécurité ?

Tout d’abord, être reconnu expert des politiques publiques de sécurité passe par :

Un certain nombre d’années d’expériences, des diplômes reconnus dans le domaine, une certification délivrée par un organisme agréé, ce qui est le cas pour moi dans la mesure où je suis formateur, consultant, auditeur  en médiation sociale, sécurité intérieure et en prévention de la délinquance niveau expert par le comité de certification de l’Institut de Certification des Professionnels de la Formation et de la Prestation de Service intellectuelle (ICPF & PSI).

Être reconnu expert dans mon domaine, m’a permis de porter ma contribution en rédigeant la fiche thématique sur la médiation sociale parue dans le dernier « Guide du coordonnateur CLSPD / CISPD dossier d’experts » (Mai 2016 Territorial Édition).

Je suis également membre de la Commission de création de la norme métier en Médiation Sociale au sein d’AFNOR NORMALISATION.

Les missions :

– Réalisation de diagnostic local de sécurité ;

– Études de sûreté et de sécurité publique ;

– Assistance à l’élaboration de la stratégie territoriale de sécurité et de la prévention de la délinquance ;

– Mise en place de conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance ;

– Évaluation des dispositifs en place ;

– Formation des acteurs de la prévention et de la sécurité.

 

Êtes-vous souvent sollicité par les collectivités publiques ?

Malheureusement pas autant que je le souhaite étant donné la situation des Antilles en termes de délinquance. Il y a également des obligations pour les villes de plus de 10 000 habitants d’avoir un Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance(CLSPD). Malheureusement ou heureusement nous trouvons des communes dotées de ce dispositif mais qui sont en sommeil par manque de coordonnateurs formés ou inexistants. Même dans cette situation en les contactant pour proposer mes services, de la formation ou encore la redynamisation du CLSPD, cela reste souvent de grands discours mais jamais un bon pour accord signé.

Je tiens quand même à remercier les villes et les collectivités  qui m’ont fait confiance et cela depuis de nombreuses années. Une situation qui reste quand même très dure pour moi, c’est de voir les structures de la métropole intervenir aux Antilles pour des prestations que je suis capable de réaliser. Le paradoxe dans tout cela est que j’ai eu l’occasion d’être sollicité  par ces mêmes prestataires pour être leur consultant sur le territoire. Donc analysez la situation.

Selon le journal « Le Figaro » certains territoires d’Outre-mer font partie des départements français où les chiffres de la délinquance sont les plus élevés en 2016, comment expliquer un tel résultat ?

Pas surpris malheureusement mais très attristé de cela.

Sur nos départements plusieurs facteurs favorisent ou accélèrent la délinquance : un taux de chômage très élevé chez les  jeunes en échec scolaire,  l’abus d’alcool de produits stupéfiants, la situation géographique (proche des îles anglophones) favorisant l’arrivée de drogues et d’armes, une répartition des zones de police et gendarmerie pas forcément adaptée pour une couverture sur l’ensemble du territoire (manque d’effectifs, manque de moyens).

Il n’y a pas de projet concret ou concerté avec les différents acteurs de terrain au quotidien (Associations, Médiateurs, Éducateurs…) dans le but de mener des actions de sensibilisation, prévention, médiation sur l’ensemble du département.Nous constatons de plus en plus la démission des parents, ce qui n’arrange pas les choses. Je pense que c’est tout le système qu’il faut revoir dans sa globalité afin de porter des réponses adaptées.

Selon vous faut-il améliorer les mesures préventives ou faut-il accroître les mesures répressives afin de lutter contre la délinquance ?

En termes de prévention nous ne ferons jamais assez et cela malgré les efforts fournis. Je pense qu’il y a des lieux d’intervention où nous devons être plus souvent mobilisés et cela sous plusieurs formes  notamment au sein des cités, les bourgs, les abords des établissements scolaires etc.

Plusieurs corps de métiers peuvent émerger afin de pallier ce manque (médiateur social, agent de tranquillité publiques, correspondant de nuit, etc.). Nous ne pouvons pas lutter contre l’insécurité si les crimes et délits ne sont pas punis à leur juste valeur. Il faudrait que lors de leur incarcération, les détenus réalisent vraiment cette privation de liberté et les conséquences qui en découlent. Cela leur permettrait de  prendre conscience de leurs actes afin d’éviter la récidive. Je reprendrais à ce titre la formule d’Eric Ciotti selon laquelle la sécurité ne peut se faire dans l’insécurité sociale.

 

Pour vous, y a-t-il un laxisme de la part de certains politiques ?

Je ne parlerai pas de laxisme mais plutôt de méconnaissance des différents dispositifs existant pour lutter contre l’insécurité. En effet, pour nos hommes politiques la sécurité reste l’affaire de l’Etat donc personne ne prend à bras le corps le problème. Par rapport à cette situation, les crimes et délits n’ont cessé d’augmenter.

Il faudrait que les hommes politiques fassent davantage confiance aux experts de la sécurité et mettent le budget nécessaire pour la sécurité des biens et des personnes sur leurs territoires.

 

L’élection présidentielle de 2017 arrivant à grand pas, la lutte contre le terrorisme sera au centre des débats. Pensez-vous que l’on peut lutter contre le terrorisme tout en minimisant la lutte contre la délinquance ?

Effectivement la lutte contre le terrorisme, reste un grand sujet d’actualité étant donné les événements malheureux sur notre territoire et la prolongation de l’état d’urgence. A travers les différents écrits et sujets concernant les attentats en France, j’ai constaté que la plupart des auteurs avaient résidé dans des quartiers dits  sensibles ou  inscrits en  contrat de ville et qu’ils étaient également connus par la justice.

Ce qui confirme que même avec d’importants moyens financiers et autres pour lutter contre la délinquance dans les quartiers, s’il n’y a pas une vraie synergie des moyens ciblés sur des individus, nous constatons avec stupeur leur évolution dans les actes criminels tout cela sous forme d’appartenance religieuse.

Il est donc important et crucial de traiter sérieusement la délinquance dès le plus jeune âge, notamment chez les primo-délinquants, les mineurs sous main de justice…et de mettre en place des actions de prévention et de lutte contre la radicalisation et également un accompagnement social et professionnel pour leur intégration.

 

Avez-vous un mot pour les jeunes qui souhaitent comme vous s’engager pour la sécurité publique et contre la délinquance?

Etant donné mon parcours très atypique et qui n’a pas été de tout repos, je dirais tout d’abord  aux jeunes de ne pas perdre de vue leurs rêves et qu’ils fassent tout leur possible pour qu’ils deviennent réalité. Il ne faut pas hésiter à se lancer même si cela nécessite parfois un départ pour l’Hexagone ou ailleurs  pour les études ou pour acquérir de l’expérience.

En me lançant dans cette aventure il y a quelques années de cela, nombreux étaient ceux qui me déconseillaient cette voie en déclarant que ce secteur n’était pas porteur. Aujourd’hui les faits sont là. Les différents diplômes universitaires dans le domaine le confirment, des nouveaux corps de métiers sont nés et les dispositifs d’État en matière de sécurité et de prévention de délinquance, les légitiment.

« Quand on veut, on peut. Il suffit d’y croire, de se donner les moyens pour y arriver et de s’entourer des bonnes personnes ».

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Clara GULLIVER

Clara GULLIVER

Je suis juriste et rédactrice au sein du réseau Jeunesse Outremer. Mon but est de partager avec vous mon univers où l'on y trouve le droit, pierre angulaire de mes aspirations professionnelles. J'ai aussi pour dessein de vous prouver que le travail et la persévérance ont toujours des effets positifs. Pour cela, je vais à la rencontre de bâtisseurs pour vous inspirer, pour nous inspirer, donc n'hésitez pas à me lire ! C.G

1 Comment

  1. dalmat dit :

    A travers une réalité certaine Fabrice est trop prudent vis à vis des politiques.

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