« De l’autre côté de la mer » : la question migratoire mise au jour de la littérature antillaise par Valérie Siracus

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« De l’autre côté de la mer » : la question migratoire mise au jour de la littérature antillaise par Valérie Siracus

Andréa, mère courageuse et déterminée, tente de fuir la misère haïtienne en partant sur une embarcation de fortune avec ses deux jeunes fils qu’elle élève seule, Jean-Marie et Bernard, à destination de la Guadeloupe. Après un long périple, la famille arrive saine et sauve en Guadeloupe et s’installe chez Gilbert, le frère d’Andréa. Ils vivent très modestement mais beaucoup mieux qu’en Haïti. Cependant, ils sont en situation irrégulière et menacés d’expulsion. Andréa doit obtenir l’asile politique afin de demeurer sur le sol guadeloupéen. Jean-Marie, l’aîné des deux garçons, est passionné de stylisme et occupe son temps libre à dessiner des modèles. Avec le concours de son oncle il parvient à décrocher un petit emploi chez un couturier, où il se rend après les cours au collège et le week-end. Il progresse rapidement et l’univers de la mode semble être une véritable vocation pour l’adolescent. Hélas, la famille finit par être expulsée de cette magnifique terre d’accueil. Mais les surprises ne font que commencer.

Un nouveau roman sur le thème de l’immigration

Quelques mois après leur retour en Haïti, Jean-Marie se voit proposer de partir aux Etats-Unis. Il saisit cette opportunité dans l’espoir d’accéder à une meilleure vie et Bernard finit par le rejoindre. En 2010, survient un séisme ravageur qui ébranle l’île. Andréa est portée disparue. Jean-Marie et Bernard réussiront-ils aux Etats-Unis, ce pays leur étant totalement inconnu ? Retrouveront-ils leur chère mère ? Pour le savoir il ne vous reste qu’à vous emparer du nouveau roman de Valérie SIRACUS, De l’autre côté de la mer, publié à The Book Edition.

Valérie SIRACUS, merci d’accepter d’échanger avec Jeunesse Outre-mer à propos de votre tout dernier bijou littéraire. Pour commencer, pourriez-vous parler de vous pour ceux qui ne vous connaissent pas ?

Je suis née en Guadeloupe au début des années 80 et j’exerce en ce moment la fonction de rédactrice territoriale. Dès mon plus jeune âge, j’ai eu un coup de foudre pour la littérature. J’ai découvert la magie des mots, les mots qui touchent, les mots qui donnent la chair de poule, les mots qui émeuvent, les mots qui font rêver, les mots qui donnent des délices. Au cours des vingt dernières années, je n’ai pas cessé de lire avec un appétit féroce, avec une grande passion. Une écrivaine est d’abord une lectrice assidue. On ne crée pas, on n’écrit pas avec le néant.

Dans votre nouveau roman, vous parlez de l’immigration haïtienne en Guadeloupe. Pourquoi avez-vous tenu à traiter ce sujet prégnant en Guadeloupe ?

Je crois que pour tout écrivain, il est important de faire un passer un message. Ainsi dans ce nouveau roman, je voulais aborder la problématique du déracinement. Cela fait plus d’un demi-siècle qu’Aimé Césaire écrivait  « Je suis un Martiniquais, un Africain transplanté ». Plus de cinq siècles après le début de la traite négrière, le problème de l’exode se présente toujours dans toute son acuité.

La Guadeloupe est décrite comme une magnifique terre d’accueil où l’on vit bien. Pensez-vous que c’est le ressenti général des Haïtiens ayant immigré sur l’île ?

La Guadeloupe n’est certainement pas le paradis au soleil mais pour les haïtiens qui fuient le dénuement total, elle pourrait apparaître comme le pays de l’opportunité. D’ailleurs, il ne faudrait pas confondre les points de vue des personnages avec ceux de l’auteure.

La famille tient une place privilégiée dans cette histoire. Des liens très forts unissent les personnages : entre Andréa et ses fils, Julyne et sa cousine, Gilbert et sa sœur, etc. La présence familiale est-elle selon vous indispensable à la réussite ?

L’une de mes idées était aussi d’évoquer, de mettre en valeur la solidarité familiale antillaise. Il va sans dire que cette famille a gardé des liens solides malgré tout ce que l’on peut entendre par ci, par là. Mais la vie étant si imprévisible et inconstante, il arrive parfois qu’on trouve refuge à l’extérieur du cocon familial : les amis, les collègues. Confrontés à la tragédie, les personnages de mon roman sont obligés de tisser des liens forts pour faire face aux aléas de la vie.

Jean-Marie, le personnage principal vit une ascension sociale fulgurante et la chance semble lui sourire. Souhaitiez-vous lancer un message d’espoir à la jeunesse antillaise ?

Malgré les péripéties, le personnage principal Jean-Marie a toujours gardé espoir et redoublé d’effort. À l’image de beaucoup d’haïtiens, il connait un grand succès aux Etats-Unis. En effet le roman se termine sur une note d’espoir. Que ce soit dans la Caraïbe, que ce soit dans le grand nord, il faut pouvoir trouver sa voie.

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Garry Deferi
Fraîchement diplômé d'un master BFA, j'évolue dans le secteur bancaire. La littérature est ma vraie passion. Faire partie de la rubrique littéraire de JOM représente une occasion de m'y consacrer. Mes auteurs : Romain Gary, René Barjavel, Bernard Werber, Arnaldur Indridason, Clifford D. Simak...

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