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Daniel Lantin, PDG de Feedelios : « Il n’existe plus de barrière géographique à l’investissement. »

S’il est devenu un lieu commun d’affirmer que le financement participatif est en plein essor, ses enjeux et mécanismes méritent encore d’être expliqués. Pionnière en Outre-Mer, la plate-forme Feedelios fait oeuvre de pédagogie. Daniel Lantin, son dirigeant, a accepté de nous éclairer.

La répétition étant mère de l’apprentissage, pourriez-vous nous rappeler ce qu’est le financement participatif ?

Le financement participatif ou crowdfunding (financement par la foule) est un mode de financement alternatif au financement bancaire permettant de trouver, via un site Internet, de nombreuses personnes acceptant d’accompagner financièrement un projet, soit sous forme de dons avec ou sans contreparties, de prêts ou de participations au capital. Une des caractéristiques de ce mode de financement collaboratif est de créer une relation directe entre les porteurs de projets et les contributeurs. Au-delà de la motivation de rentabilité ou d’économie d’impôt pour certains projets en augmentation de capital, c’est le coup de coeur et la volonté de participer à une aventure qui sont les motivations principales des financeurs.

Kickstarter a été le pionnier aux Etats Unis et la France enregistre un rythme de progression de 40% en 2016 avec une collecte de 233.8 millions d’euros. Plus de 2.5 millions de personnes ont financé des projets depuis le lancement de ces plateformes. Les moins de 35 ans ne représentent encore que 18% des financeurs pour le financement en Equity, mais déjà 34% pour le prêt et surtout 43% pour le don. Ceci montre que cette nouvelle culture de l’investissement se développe bien parmi les jeunes.

Comment est née la plate-forme Feedelios ?

Daniel Lantin, dirigeant de Feedelios

La SAS Finance et Investissement a été créée en Guadeloupe fin 2011 pour contribuer à la mise en place d’un FIP (Fonds d’Investissement de Proximité) dédié aux entreprises de l’Outre-Mer. Après une collecte de près de 700 000 € en 2012, investie dans 6 entreprises (2 en Guadeloupe, 1 en Martinique, 1 en Guyane, 1 à la Réunion et 1 à Saint- Barthélémy), il a été décidé de réorienter l’activité vers le crowdfunding, plus adapté car le point de départ est le besoin en fonds propres de l’entreprise et il nous appartient de motiver les investisseurs potentiels en utilisant largement les réseaux sociaux. Nous avons un Community Manager salarié et des partenaires externes (avocat, agence de communication…).

La SAS Finance & Investissement a obtenu de l’AMF son agrément en tant que CIP (Conseiller en Investissements Participatifs) et gère donc la plateforme Feedelios, spécialisée dans l’investissement en capital pour les entreprises de l’Outre-Mer. Elle est immatriculée à l’ORIAS sous le numéro 15000848.

Les difficultés tiennent à la lenteur de l’appropriation de cette nouvelle culture financière par les entreprises et la population. Mais il est certain que la dynamique est forte.

Quels types de projets ou de cibles financez-vous ?

Les entreprises doivent avoir leur siège social en Outre-Mer ou des centres d’intérêt forts dans ces territoires.

Il n’y a aucune exclusion en matière d’activité. Cependant, il est nécessaire de pouvoir accrocher rapidement un internaute sur la toile avec un dossier, c’est pourquoi nous ciblons plus particulièrement les entreprises innovantes, notamment dans le développement durable.

L’exemple de NST (Num Smo Technologies) qui vient de collecter 104 000 € est emblématique : c’est une société dont le siège social est en Guadeloupe, fondée par de jeunes Antillais (ingénieurs architectes, etc.), qui fabrique des machines capables de produire du charbon actif ou de l’électricité en valorisant tous types de déchets par un procédé de four solaire et de micro-ondes. Ce brevet SMO® totalement innovant ouvre à l’entreprise des perspectives non seulement en Guadeloupe dans le cadre de nouveaux projets de construction aux Abymes, mais aussi dans le monde entier en particulier en milieu tropical.

Les entreprises locales sont-elles prêtes à ouvrir leur capital ?

C’est effectivement une vraie question qui nécessite de la pédagogie, de la persuasion et du temps. Les entreprises, majoritairement familiales dans nos régions, gagneraient à s’ouvrir pour se développer dans un environnement de plus en plus mondialisé. Pour conquérir des marchés à l’extérieur, il est aussi nécessaire de pouvoir confronter ses idées avec d’autres personnes intéressées au développement de l‘entreprise. Les fondateurs restent bien évidemment majoritaires, mais cet apport d’idées neuves et de fonds propres doit permettre à nos entreprises de franchir un cap puis de récompenser ces investisseurs au bout de 5 ou 6 ans et retrouver la pleine propriété de l’entreprise.

Cet apport de fonds propres a aussi un effet de levier puisque BPI France peut suivre en accordant un prêt participatif du même montant que la levée de fonds, ce qui peut déclencher un financement bancaire.

Les investisseurs sont-ils disposés à investir en fonds propres dans les entreprises locales ?

Les investisseurs sur Internet recherchent d’abord de la proximité avec les entreprises qu’ils financent. L’exemple de NST l’a montré, 70% des investisseurs résident en Guadeloupe et une bonne part des autres ont des connections avec le territoire ou avec les dirigeants de l’entreprise. Il faut donc construire une communauté, un large réseau d’investisseurs potentiels et ceci grâce aux moyens modernes de communication : Facebook, Twitter, Linkedin, etc. C’est pour cela que nous avons un jeune community manager parfaitement en phase avec ces nouveaux medias et avec la jeunesse. L’investissement en Equity est à long terme, au moins 5 ans. Les jeunes ont cette envie et s’intéressent vraiment aux enjeux actuels que sont le développement durable, la transition énergétique, la santé par l’alimentation. De nombreuses entreprises en Outre-Mer travaillent sur ces thématiques avec des visions non seulement régionales mais souvent beaucoup plus larges et offrent ainsi à cette jeunesse les moyens de participer à ces nouvelles aventures.

Jeunesse Outre-Mer est évidement un excellent relais pour faire connaitre ces possibilités à tous nos compatriotes, soit localement, soit dans le monde entier. Il n’existe plus de barrière géographique et investir via une plateforme est très simple. Nous avons des investisseurs du Portugal, de Suisse, etc.

Le financement participatif constitue désormais une alternative aux sources de financement classiques. Quelles relations entretenez-vous avec les banques ?

Nous avons d’excellentes relations avec le monde bancaire pour lequel nous sommes un partenaire. Investir en capital est un risque que ne peut pas prendre un établissement de crédit, mais quand une large communauté d’investisseurs a choisi de soutenir financièrement une entreprise, c’est déjà un gage de solidité. C’est un test grandeur nature qui permet de valider des modèles économiques et qui confortent les dirigeants dans leur analyse du marché. Le banquier apprécie ce soutien et peut ensuite accompagner l’entreprise plus facilement dans le financement des besoins d’exploitation, sachant que les fonds propres ont été renforcés, garantissant ainsi une meilleure résistance aux inévitables aléas économiques.

Comment analysez-vous l’avenir du capital-investissement en Outre-Mer ?

Au niveau national, c’est un secteur très jeune. Les premiers prêts ou investissements en capital, d’une durée minimum de 5 ans, n’ont pas encore atteint la sortie prévue et il est bien tôt pour se faire une véritable opinion. Au niveau de l’Outre-Mer, c’est encore plus récent puisque nous n’avons démarré que l’an passé et nous sommes toujours les seuls. Il est certain néanmoins que ce mode de financement est promis à un bel avenir car sa dynamique est très forte. Il faut continuer à développer cette culture du financement désintermédié de l’économie, du financement collaboratif et alternatif. La jeunesse de l’outre-mer doit participer à cette belle aventure, en tant qu’investisseur, dirigeant d’entreprise ou collaborateur de ce type de plates-formes.

 

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Julien MARBOIS

Julien MARBOIS

Passionné par la défense et la résolution de nouveaux problèmes, je me prépare à une carrière d'avocat d'affaires. J'ai rejoint JOM la Rédac' en septembre 2015 avec la ferme intention de partager mes idées sur une diversité de sujets. Ensemble, interrogeons encore et toujours. Mon mot d'ordre? Oser l'impossible !

1 Comment

  1. Avatar eloas dit :

    Quel(s) avantage(s) que tire M. Lantin de ce mode de financement ? Personnellement je veux dire… il se paye sur les fonds fournis par les contributeurs ?

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